Posté le 25.06.2008 par umpre
> > > >
> > 1 POUR LES URGENCES
> >
> > Les ambulanciers ont remarqué que très souvent lors d'accidents de la
> > route, les blessés ont un téléphone portable sur eux. Toutefois,
> > lors des
> > interventions, on ne sait jamais qui contacter dans ces listes
> > interminables de contacts.
> >
> > Les ambulanciers ont donc lancé l'idée que chacun d'entre nous rentre
> > dans son répertoire, la personne à contacter en cas d'urgence sous le
> > même pseudonyme. Le pseudonyme international connu est « ICE » (=
> > In Case
> > of Emergency).
> > C'est sous ce nom qu'il faut entrer le numéro de la personne à
> > contacter,
> > utilisable par les ambulanciers, la police, les pompiers ou les
> > premiers
> > secours.
> > Lorsque plusieurs personnes doivent être contactées on peut utiliser
> > ICE1, ICE2, ICE3, etc. Facile à faire, ne coûte rien et peut apporter
> > beaucoup. Si vous croyez en l'utilité de cette convention, faites
> > passer
> > le message afin que cela rentre dans les moeurs.
> >
> >
> > 2 Accident Vasculaire Cérébral
> >
> > Cela peut servir ! Prenez quelques minutes pour lire ceci et peut-
> > être
> > sauver une vie et contribuer à faire connaître le danger que
> > représente
> > l'Accident Vasculaire Cérébral. Lors d'un barbecue, Julie trébuche et
> > fait une chute. Elle affirme aux autres invités qu'elle va bien et
> > qu'elle s'est accrochée les pieds à cause de ses nouveaux
> > souliers. Les
> > amis l'aident à s'asseoir et lui apportent une nouvelle assiette.
> > Même si elle a l'air un peu secouée, Julie profite joyeusement du
> > reste
> > de l'après-midi...
> > Plus tard le mari de Julie téléphone à tous leurs amis pour dire
> > que sa
> > femme a été transportée à l'hôpital.....Julie meurt à 18h. Elle
> > avait eu
> > un Accident Vasculaire Cérébral lors du barbecue. Si les personnes
> > présentes avaient été en mesure d'identifier les signes d'un tel
> > accident, Julie aurait pu être sauvée. Un neurologue dit que s'il
> > peut
> > atteindre une victime d'AVC dans les trois heures, il peut renverser
> > entièrement les effets de la crise. Il affirme que le plus
> > difficile est
> > que l'AVC soit identifié, diagnostiqué et que le patient soit vu
> > en moins
> > de trois heures par un médecin.
> >
> > Reconnaître les symptômes d'un AVC : Poser trois questions très
> > simples à
> > la personne en crise :
> >
> > 1. * Lui demander de SOURIRE.
> > 2. * Lui demander de lever LES DEUX BRAS.
> > 3. * Lui demander de PRONONCER UNE PHRASE TRES SIMPLE (ex. Le
> > soleil est
> > magnifique aujourd'hui).
> >
> > Si elle a de la difficulté à exécuter l'une de ces tâches, appelez
> > le 15 et décrivez les symptômes au répartiteur.
> >
> > Selon un cardiologue, si tous ceux qui reçoivent cet e-mail
> > l'envoient à
> > leur tour à 10 personnes, une vie au moins pourrait être sauvée
> > par jour.
> >
> > Merci à toutes et à tous.
> >
>
>
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>
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Posté le 25.06.2008 par umpre
11
Dans la même période qui suivit cet évènement fâcheux, mon frère et ma belle-sœur se marièrent. Je dus bien entendu assister à la cérémonie. Je sentais en ma mère aucun regret sur ce que je venais de vivre. Elle prépara les festivités sans se préoccuper de la honte qui m’envahissait à l’idée de me montrer en public. C'était certainement bien fait pour moi comme elle avait l'habitude de dire.
Je suivis la cérémonie terrée derrière les piliers de l'église puis au fond du jardin dans lequel avaient été installées les tables pour le repas. Alors que la fête battait son plein, Mady, la sœur de ma belle-sœur avec qui j’étais amie, me demanda de sortir de la villa. Mon amoureux m'attendait. Mon cœur se mit à battre très fort. Un mélange d’angoisse et de joie m’habitèrent. Depuis ma tonte de cheveux, je ne l’avais pas revu et je craignais bien légitimement sa réaction. Aussi, je ne courus pas vers lui comme je l’aurai fait par le passé. J’hésitai longtemps à répondre à sa demande, mais admettant qu'il avait fait l'effort de venir jusqu'au village, je me devais moi aussi d'aller vers lui. C’est donc à petits pas et la tête baissée que je m'approchais. Sa réaction en me voyant fut des plus discrètes. Il m'accueillit avec chaleur plantant ses yeux dans les miens comme pour éviter de regarder le sommet de ma tête. Je savais très bien qu’il avait du faire le détail dès mon apparition dans le lointain, mais rien ne parut sur son visage. Nous parlâmes un moment et très vite devant la joie de le retrouver, j'oubliai mes cheveux et mon allure clownesque.
Les jours qui suivirent, nous rétablîmes nos petits rendez-vous, en faisant bien attention à l'heure afin de n'éveiller aucun soupçon. A force d'entêtement, mes parents finirent par accepter sa présence à mes côtés. A la maison maintenant, je pouvais parler de lui sans crainte. Quelquefois même, il me raccompagnait jusqu'en bas de l'immeuble et après des baisers sans fin, je montais les escaliers, heureuse.
Ma scolarité continuait à être ponctuée par les continuelles réprimandes de mon professeur de français, ce qui renforça en moi le désir de quitter le lycée. Vers le mois d'Avril j’appris par des amis, qu'un concours pour entrer au CREPS devait avoir lieu vers la mi-mai. Je pris rapidement les renseignements auprès de l'académie d'Alger et m'inscrivis. Ayant un peu délaissé les activités sportives cette année-là, mon frère décida de m'entraîner. Tous les matins, nous descendions au stade et là, chronomètre en main, il me faisait courir le 100 mètres puis le 400 mètres.
Le CREPS est une école, pour ceux qui l'ignorent, qui prépare au professorat d'éducation physique. Les épreuves sont éliminatoires, c'est dire à quel point il faut être performant en tout. Toutes les épreuves sportives sont demandées : course, saut en hauteur et longueur, lancer de poids, grimper de corde et 100 mètres de natation. Il me fallut donc en très peu de temps me remettre à niveau.
Un matin, alors que nous étions à dix jours du concours, une élongation me déchira la cuisse. L'entraînement intensif avait eu raison de mes muscles. Toutes mes performances se virent diminuées. Je me rendis tout de même à Alger le jour dit. Ma cuisse semblait indolore depuis deux jours, pourquoi pas ? Je n'eus pas de chance. Le 100 mètres qui débuta la journée raviva la douleur dans mes muscles froids. Faisant preuve de courage, je courus tant bien que mal jusqu'au bout mais mon temps fut jugé trop long. Il en fut de même pour le saut en hauteur. Les un mètre quarante qui dénotaient actuellement de ma bonne performance se virent ramener péniblement à 90 centimètres. Quant au reste, ce fut tout aussi catastrophique. Devant de tels résultats, aucun espoir me fut permis. Quinze jours après, je reçus un courrier me remerciant de ma participation et soulignant un total de points trop faible pour une entrée au CREPS. Il ne me restait plus maintenant qu'à réussir au brevet élémentaire qui se déroulait vers la fin Juin.
Enfermée dans la petite pièce qui avait servi de chambre à mon frère et que mes parents avaient transformée en bureau, je me mis à réviser inlassablement pendant des heures et des heures mon programme. Je n’oubliai pas les paroles de mon père : instruction : porte de la liberté. Et puis le grand jour arriva. Confiante et bien préparée, je passai l’examen avec succès et obtenu ainsi mon premier diplôme.
Posté le 24.06.2008 par umpre
9
J’entrai en troisième à l’âge de quatorze ans. A part la couleur du tablier et quelques nouvelles têtes, rien n'avait changé. Les mêmes professeurs tournaient toujours dans l'établissement, notre vieille fille de surveillante générale inspectait toujours les jambes des filles, Madame Texaire était toujours en chair et en os, notre professeur d'éducation physique portait toujours son manteau de fourrure en donnant ses cours, mais moi, j'avais changé. J'étais maintenant (excusez le peu de modestie) une belle jeune fille, musclée par le sport, formée comme toutes les filles de mon âge, et des yeux comme disaient les garçons, de braise. Mes cheveux noirs avaient poussés et ils tombaient maintenant au milieu du dos. Bien entendu, en classe, je les attachais en queue de cheval.
Ma soeur qui avait atteint ses vingt et un ans, se maria. La noce fut très belle et je fis ce jour là, la connaissance de celui qui allait devenir mon premier amour, celui dont on se souvient toute sa vie et ce n'est pas peu dire !
C'était un garçon de trois ans mon aîné aux yeux verts émeraude. Il était le cousin de mon beau-frère. Qu'est-ce qui m'a attirée chez ce garçon ? Je n'aurais pu le dire en ce temps là. Je crois que le fait d'être mon aîné, d'être fils unique d'une famille aisée, d'avoir le permis et une voiture, pourraient expliquer maintenant en toute honnêteté mon attirance. Ce n'était pas Apollon, je peux dire même qu'il était plutôt enrobé, pas très grand et boutonneux. Sa peau claire, comme tous les garçons blonds ne serait plus à mon goût aujourd'hui. Ai-je vu en lui un libérateur ? Une façon de me sortir un peu du « cocon « familial dans lequel je vivais ? Toujours est-il que j'acceptai ce jour-là de danser toute la soirée avec lui. Durant les slows, nous fîmes plus amples connaissances et à la fin de la fête, nous avions échangé notre premier baiser. Ah ! Celui-là fut très différent de celui que j'avais connu avec Rémi ! C'était un baiser sensuel, tendre et plein d'amour. Heureusement que mes parents étaient affairés à servir les invités car j'aurai eu droit à une surveillance draconienne. Pour moi, cette approche était toute nouvelle, je me sentais timide, empruntée, mes yeux ne pouvaient soutenir son regard. J'étais à la fois fière de lui plaire mais en même temps, je sentais un certain mal être. Et Oui ! Les blocages prenaient place. Les paroles de ma mère commençaient à faire leur effet. Comment aimer un garçon sans penser à mal ?
Après la fête, nous décidâmes de nous revoir. Son père ayant une entreprise de mécanique, mon petit ami avait quitté l'école à seize ans pour travailler avec lui. Il avait donc de grands moments de liberté qui lui permettaient de passer sous les fenêtres de ma classe et de klaxonner vigoureusement pour signaler sa présence. Ces coups de klaxon, que je reconnaissais sans difficultés me sortaient immédiatement du carcan des leçons et m'amenaient vers des rêves sans fin.
. J'attendais ensuite avec impatience la fin des cours pour aller le retrouver. Nous flirtions un petit moment et je m'empressais de rentrer à la maison. Je fus très vite amoureuse de ce garçon qui me prodiguait tendresse et caresses dont mon corps avait besoin.
10
Ma soeur, qui cousait bien mieux que moi, me fit un jour une robe rouge taille basse qui m’alla à ravir. Voulant faire la coquette comme toutes les jeunes filles de mon âge, je mis la robe pour aller au lycée et m'arrangeai pour oublier le tablier.
J'avais cette année-là un professeur de français qui arrivait de France. C'était une fille assez laide, un minois de fouine, avec un goût des plus douteux pour les tenues vestimentaires. Elle ne m'aimait pas beaucoup et je lui rendais bien. Elle m'avait vue un jour évoluer au milieu d'un bal avec mon ami alors qu'elle faisait tapisserie et depuis ce jour, j'avais noté une certaine jalousie. Arrivée donc au milieu de l'étage, elle m'interpella l'air furibond : « Mademoiselle Rod ! Vous êtes priée de mettre votre tablier immédiatement. »
- Je l'ai oublié Mademoiselle, rétorquai-je, ma mère l'a lavé et j'ai oublié de le prendre.
Furieuse, telle une panthère, elle m'envoya au bureau des entrées afin qu'on m'en prêtât un. Ne pouvant lui tenir tête sous peine de punitions, je redescendis l'étage et allai aux vestiaires quérir un tablier. Il y en avait toujours suspendus dans le couloir : des tabliers oubliés, ou appartenant à des élèves absentes. J'enfilai donc un de couleur rose et rejoignis le cours. Quand j'ouvris la porte de la classe, je sentis de nombreux regards posés sur moi et certaines de mes amies retinrent leur fou-rire. Depuis ce jour-là, une guerre froide s'installa entre nous deux. Tous les devoirs de français que je lui rendais, revenaient avec des annotations blessantes: Manque d'imagination, Devoir aussi frivole que vous, aucune construction etc...etc.. et mes notes dégringolèrent pour ne se situer qu’entre zéro et un. Il faut le faire tout de même !
Excédée par son attitude qui allait de la méchanceté, à l'ignorance complète à mon égard, je prévins mes parents de mon intention d'arrêter l'école. Je vous laisse imaginer la scène qui suivit. J'eus beau expliquer que cette femme m'avait prise en grippe, que je ne méritais pas tous les zéros qu'elle me mettait et toutes les mauvaises annotations, mon père resta inflexible. « Tu ne quitteras pas le lycée » me dit-il d’un ton qui ne demandait aucune répartie.
Je décidai donc d'un stratagème afin de confondre cette femme et ouvrir les yeux de mes parents.
Mise au courant des faits, ma future belle-sœur, professeur de Mathématiques, accepta de composer pour moi, ma prochaine dissertation afin de voir si la note et les annotations changeraient. Je ne mis dans ce nouveau sujet aucun mot personnel. Le lundi, comme à l'accoutumée, mon professeur ramassa les copies. L'attente fut pour moi fébrile. Ou le scandale allait éclater, ou je passerai encore pour une menteuse. Une quinzaine de jours plus tard, ce fut pour moi le triomphe. Je me payais encore un zéro entouré de rouge et des réflexions désobligeantes. Mes parents que j'avais mis au courant de la supercherie, voyant que mes dires s'avéraient être exacts, décidèrent de prendre rendez-vous avec le proviseur du lycée. Je ne sais pas ce que furent les répercussions de cette affaire sur mon professeur mais, l'atmosphère devint par la suite de plus en plus irrespirable, d'autant plus que cette prise en grippe fit tâche d'huile. Mon professeur d'espagnol qui jouait au tennis avec elle, se mit à m'ignorer puis ce fut le tour de mon professeur de sport avec qui pourtant jusqu'ici, j'avais eu de bons rapports.
En même temps que ma côte en classe dégringolait en flèche, à la maison, ma vie devenait un enfer. Amoureuse folle de mon ami qui comblait mes moments de lassitude en prêtant une oreille intéressée à tous mes tourments, je mentais honteusement à mes parents, cette fois je l'avoue, pour aller le rejoindre. J'impliquais mes amies dans mes escapades afin qu'elles me couvrent en cas de tonnerre. Mais malgré toutes ces précautions, il arrivait que ma mère décelât les subterfuges et des séances de bastonnades m'accueillaient au retour de mes rendez-vous amoureux. Et puis un jour, le plus terrible arriva. Bien que mes parents aient accepté ma relation amoureuse, ils n'admettaient pas que j’erre dans « les coins » comme ils disaient. Tout le monde sait que lorsqu'on a envie de flirter, on ne peut le faire à la face du monde, surtout à l'âge de quinze ans ! Ce jour-là, j'avais obtenu la permission de sortir jusqu'à 18 heures. Nous étions aux vacances de la Toussaint et la nuit tombant vite, je me mis un peu en retard. Au lieu de rentrer à l'heure dite, j'entrai un quart d'heure plus tard. Ma mère m'attendait en bas de l'immeuble, bien cachée dans l'impasse sombre. Alors que j'arrivais l'air serein, encore bercée par les mots doux de mon ami, elle surgit devant moi comme une lionne et persifla comme un cobra
« -Ah, te voilà ! Prépare-toi, tu vas voir ton père ! Où es-tu encore aller traîner p.... (écrire ce mot, me fait encore très mal).
-Tu le sais où j'étais ! Répondis-je.
-Monte, monte ! Tu vas voir, ton père t’attend.
Dans le noir, je sentais son visage de mégère. Oui, je sais, je parle de ma mère mais vous comprendrez à la fin du livre.
-Mais qu'est-ce que tu as, tu es jalouse ? Lui dis-je. Elle me gifla et me suivit jusqu'à la porte. Elle semblait pressée d'assister encore à une scène qui allait être pour moi grande souffrance.
Mon père était dans un état difficile à décrire. Et comme pour le remonter encore plus, j'entendis ma mère lui dire : « elle a encore traîné, qu'est-ce que tu crois ! »
Mon père m'entraîna alors dans la petite pièce du fond, me fit asseoir brutalement sur une chaise, me roua de coups puis saisissant une paire de ciseaux me coupa les cheveux à deux centimètres du crâne. Je ne sais pas ce jour-là comment ses gestes désordonnés n'entamèrent pas mon cuir chevelu. J’étais terrorisée. Mes larmes ne coulaient pas. Je crois que Dieu et mon guide devaient être là pour me soutenir. Cet épisode me ramène toujours à toutes ces femmes que l'on a tondues après la guerre sur les places publiques, parce qu’au milieu de la folie des hommes, elles avaient voulu donner un peu d'amour. A-t-on le droit au nom de je ne sais quelles idées d'empêcher les hommes et les femmes de s'aimer ? Mais quand donc notre coeur pourra-t-il se donner sans craindre la fureur et l'intolérance des hommes ?
Je sortis de cette séance meurtrie au plus profond de mon être.
C'était la fin des vacances de Toussaint et il me fallait retourner au lycée. J'étais horrible. Mes bras, mes jambes étaient couverts de bleus, mon visage tuméfié mais malgré ce, ma mère m'envoya au lycée sans aucune compassion. Je mis alors un foulard sur la tête et pour la circonstance, elle daigna m'acheter un pantalon horrible à rayures, un peu comme ceux des prisonniers d’Auschwitz, pour cacher les dégâts. Le premier professeur qui me vit dans cet état m'interrogea l'air inquiet. J'ai toujours eu une grande naïveté en moi, et sans penser une seconde que mon histoire pourrait être invraisemblable, je lui racontai que m'étant approchée trop près d'une bougie, mes cheveux avaient pris feu et qu'il avait fallu les couper. A l'âge que j'ai maintenant, je comprends combien mon histoire ne pouvait être crédible ! Mais ce jour-là, mon professeur ne fit aucun commentaire.
Après ce douloureux épisode, j'eus du mal à retrouver mon ami. J'étais tellement laide, comment aller le revoir ? Allait-il me regarder encore comme par le passé ? Mes yeux étaient devenus deux braises éteintes dans un lit de cendre grise. Mon nez que j'avais cassé petite en faisant du patin à roulettes et qui avait été ressoudé avec un peu d'oxygénée (on ne courait pas à cette époque chez les radiologues), ressortait de mon visage amaigri et sans couleur. Je n'osais plus quitter ce pantalon affreux qui cachait toutes mes marques. Je me sentais très honteuse d'avoir un père aussi brutal. Tous les jours, je voyais mon petit ami passer en voiture devant chez moi, mais mon père m'ayant punie, je ne pouvais que le regarder passer.
Un jour ne supportant plus la situation, je décidai de quitter la maison et de me rendre chez ma tante Marlou à Douéra, un village à quarante kilomètres de Blida. Je préparai une petite valise, pris une veste et sortis de la maison en cachette. J'avais le cœur très gros, ma gorge était emplie de sanglots que j'essayais vainement de réprimer. Il fallait que je m'éloigne vite, personne ne m'aimait. Ma sœur n'était plus là, mon frère non plus, et moi, qu'avais-je à faire au milieu d'un père et d'une mère qui me traitaient des noms les plus bas comme si je n'étais pas leur fille. D'ailleurs un jour, à voir leur façon d'agir, j'ai bien pensé que ma mère avait dû fauter avec un américain. Etais-je bien la fille de mon père ? Je lui ressemblais bien pourtant !
Quelle naïveté avais-je en moi pour croire qu’un chauffeur de car me mènerait au village sans payer ! Je montai rapidement le boulevard menant à la gare routière et me plantai devant un bus. Alors que je m'approchai du conducteur, ma mère apparut soudain. Elle me tira par la manche en tordant ses lèvres minces comme elle savait le faire et me ramena sans un mot à la maison. Je pense qu'une voisine avait dû me voir passer avec la valise et s'était empressée de le lui rapporter.
Tous les voisins savaient que mon père me battait mais en ce temps là, personne ne s'occupait de ces choses-là. Je revins donc à la maison en larmes, je ne voulais plus de cette famille, je voulais partir. Je lui dis tout cela mais elle fit la sourde oreille. Quand mon père arriva, elle lui raconta avec force détails ma fugue ratée. Chose étrange, il ne broncha pas. Il planta ses yeux dans les miens et dit : « La maison ne te plaît pas ? Alors travaille à l'école et tu pourras t'en aller. » C'est ce jour là que je pris conscience de l'importance de l'instruction et de son impact sur la liberté.
Posté le 23.06.2008 par umpre
7
L'année scolaire touchait à sa fin et avec elle, décisions des passages. Mes résultats étant sous la moyenne, la maitresse me fit entrevoir le redoublement. Vers la mi-juin, j'amenai le carnet de notes chez moi. Les appréciations n'étaient pas trop sévères. Ma maitresse me reconnaissait un certain potentiel, une certaine intelligence mais, disait-elle, ma faible moyenne ne permettait pas l'examen de passage d'entrée en sixième.
Mon père était à ce moment là dans l'attente d'une mutation. S'il l'obtenait, nous déménagerions dans le sud algérien. Il était donc pas question, étant donné que dans cette nouvelle ville, il y avait un collège, que je ne tente pas l'examen. Prenant cette mutation comme argument, ma mère alla voir Madame Grivel ainsi que la directrice de l'école. Toutes deux l’assurèrent de mon incapacité à réussir cet examen. Ma mère, maintenant sa position, insista pour qu'on me donne une chance. Après force suggestions et interrogations, elles finirent par accepter de me présenter.
Une semaine avant les vacances, je partis donc munie de ma trousse et de quelques feuilles de brouillon vers le collège où se déroulait l'examen. Je me souviens avoir rempli des pages et des pages d'exercices pendant une longue journée. Etaient-ils justes, étaient-ils faux ? Je n'aurais su le dire. Pour moi, tout s'était très bien passé du moment que j'avais écrit et n'avais pas bavardé.
Nous eûmes les résultats les premiers jours de Juillet. Ils étaient affichés sur la porte du collège et imprimés sur le journal. Les listes étaient interminables car elles regroupaient tous les cantons environnants. Ma mère, me tirant sans manque de tendresse, me dit : « On va aller voir de quoi tu es capable. » Première liste, rien. Deuxième liste, rien. Nous passions en revue, chaque feuille mais toujours, rien. Nous cherchions les R. Tout à coup, je lus ROD mais celui-ci ne correspondait ni à mon prénom, ni à mon école. J'eus tout de même un haut le cœur.
G…! G… ! Tu as réussi ! Une voix de l'autre côté de la cour criait mon nom. Nous nous retournâmes ma mère et moi. Jocelyne et sa maman arrivaient en courant vers nous. Les résultats sont là-bas ! Elles nous montrèrent le fond de la cour. J'étais euphorique. Pour la première fois, ma mère riait et ne cessait de répéter : « C'est vrai, c'est vrai, vous l'avez lu ? » Nous partîmes toutes les quatre vers la fameuse porte qui allait être le début d'une longue série.
Mon père fut tout de même heureux. Et bien qu’on ait été en vacances, il commença à me donner des directives pour l'année prochaine.
Pendant l'été, sa mutation fut refusée, nous ne partions plus. Cela me rendit très heureuse car je n'avais pas du tout envie de quitter mes amis et mon quartier.
Au mois d’Août, je partis en colonie à Fort de L'eau, une station balnéaire près d'Alger. C'était la colonie des postiers. J'aimais la colonie. En plus des nombreux bains que nous prenions, nous faisions une foule d'activités. Les moniteurs et monitrices se montraient très avenants et puis là, je ne risquais plus de prendre de fessées car croyez-moi, entre les mémorables, et les moins mémorables, il y avait toujours, les hebdomadaires.
Derrière la porte de la cuisine, accroché à un clou, mon père avait placé un morceau de tuyau noir rigide et à chaque fois que ses nerfs lâchaient ou que ma mère l'ait longuement agacé en lui rapportant toutes mes petites histoires fourrées de fiel, il décrochait son objet et m'assénait des coups qui me laissaient au sol couverte de bleus , bleus que je devais ensuite cacher avec astuces.
8
Les vacances terminées, il fallut se rendre dans les librairies pour satisfaire aux longues listes de livres et cahiers demandées par les professeurs. Nous avions au bout de notre rue P…, la librairie Orta. Toute la famille y travaillait. C'était une grande librairie-papeterie dans laquelle on trouvait tout ce que l'on désirait. Grands et petits élèves se côtoyaient et pendant que nos parents faisaient la queue au comptoir, nous, les enfants, nous nous regroupions à l'écart pour bavarder. Nous échangions déjà nos craintes et nos appréhensions concernant cette nouvelle vie. Se retrouver tout d'un coup avec les grands nous rendait fiers mais cela soulevait tout de même en nous une certaine angoisse.
Après les livres, ma mère s'occupa du tablier. Pas d'Adidas ni de Reebok en ce temps là, tout le monde était logé à la même enseigne. Chaque classe avait sa couleur. Nous, les sixièmes, nous avions le tablier bleu, un joli bleu-ciel qui faisait ressortir nos bronzages d'été. Dès le premier jour, nous comprîmes qu'ici, ce n'était pas la primaire. Au coup de sonnette, il fallait vite se mettre en rang deux par deux, avoir les mains propres et les cheveux attachés. Pas de mains dans les poches non plus, nous devions nous tenir bien droites, l'air digne. Pour les grandes filles, le port des bas était obligatoire mais, elles avaient de petites astuces pour ne pas suivre la règle. Comme la surveillante générale était un peu myope, elles dessinaient sur leurs jambes un trait de crayon noir justifiant la baguette.
La sixième se passa sans trop de difficultés. Mon père suivait tous les soirs mon travail et me faisait réciter les leçons. Comme de bien entendu, quand j'obtenais de mauvaises notes, je passais mes jeudis à faire des lignes après avoir reçu quelques coups de tuyau.
De cette sixième, je garde le souvenir d'un professeur de couture : une femme très soignée, d'une grande gentillesse et empreinte de beaucoup d'humour. C'est à elle, que je devrai plus tard, mon goût pour la couture et les beaux vêtements. Lorsque nous faisions un ourlet, elle nous disait toujours : « Ecrasez l'ourlet avec le bord de l'ongle du pouce de la main droite. » Cette petite phrase était devenue dans le lycée, très célèbre. A chaque fois que nous nous informions sur le nom de nos professeurs et qu’on en arrivait à elle, nous la refaisions : « Bonjour mesdemoiselles, je suis Madame Texeire, en chair et en os et toutes ensemble, nous énoncions la fameuse phrase... écrasez l'ourlet avec le bord de l'ongle du pouce de la main droite. » On riait à gorge déployée. Elle nous racontait tout : histoires de famille, de sa vie, de ses aspirations, elle aussi fut pour moi un modèle. J'ai toujours parlé de ma vie, de mes enfants à mes élèves, et je pense que cela a contribué à être pour eux plus qu'une maitresse.
La sixième terminée, j' eus mon passage en cinquième. j'avais douze ans. J'avais encore grandi, j'étais toujours aussi fluette et toujours aussi entêtée. J'avoue, car il faut avouer ses défauts, j'étais une véritable « testarde.» Quand je me mettais en tête une quelconque idée, il fallait que je la suive, même si cela devait m'amener des désagréments. Je ne sais pas maintenant à l'âge que j'ai et après mûres réflexions, si cet entêtement n'a pas été bénéfique. Ma vie a toujours été tirée par des
projets, quelquefois faciles, quelquefois bien fous mais grâce à cet entêtement, je suis toujours arrivée à mes fins avec bonheur. Est-cela qui plaît à Dieu, à ce bon Père qui me parle ? J'ai toujours cru en moi. Comme disait ma maitresse, je sens mon potentiel, je sais ce que je peux tirer de moi, de ma volonté, je n'hésite pas à aller au fond des choses. Irai-je encore cette fois-ci jusqu'au bout de mes projets ? Donnerai-je le bonheur à toutes ces âmes du ciel qui me demandent cette marche vers la paix ? Je dis ici, que je vais mettre tout en œuvre pour y arriver. « Quand on veut, on peut », telle a été toujours ma devise. Je le veux. On me donne trop de bonheur pour que j'abandonne et déçoive. Je ferai dans cette vie qui me reste, tout ce qui me sera possible de faire. Pour le reste, je compte sur ce grand ciel qui m'a ouvert les bras pour montrer à l'humanité que je ne suis pas seule dans cette grande entreprise. Dieu le veut, alors, nous réussirons, dussé-je y laisser la vie !
Les années au lycée se suivirent, je n'étais pas une élève transcendante mais j’avançais doucement. Ma vie au sein de ma famille avait des hauts et des bas. J'avais appris à ne plus attendre aucune manifestation de tendresse ou d'affection. Je me plaisais avec mes amis et j'étais pour eux une bonne camarade qu'on invitait partout. Je savais toujours mettre de l'ambiance dans les réunions ou après-midi dansants et les gens appréciaient ma bonne humeur. A la maison, je faisais toujours le ménage en chantant à tue-tête, je rêvais d'être chanteuse, danseuse, ou actrice. J'aimais les chansons de Dalida, Claude François, Gilbert Bécaud. Je me souviens qu'à l'âge de seize ans, j'avais participé à un radio-crochet diffusé sur les ondes de Radio-Alger. Cela se passait sur le kiosque de la place d'Armes. Toutes les terrasses des cafés étaient emplies de monde et la place elle même était bondée. J'avais interprété: Mes Mains de Bécaud. A ce moment là, je n'avais pas mesuré combien cette chanson était osée pour une fille de mon âge, j'aimais Bécaud, je l'avais chanté.
Je voudrais dire ici, même si ce renseignement doit vous laisser perplexe, que l’esprit de Gilbert m'a écrit une très belle chanson après une violente altercation que j'ai eue avec mon fils de trente ans. Elle est magnifique, je l'ai déjà interprétée sur scène, elle plaît beaucoup. Elle s'intitule : Un cœur de mère.
Au fur et à mesure que ma personnalité s'affirmait, mes relations avec ma mère se tendaient. Je me souviens qu'un jour, aux toilettes, j'avais découvert ma culotte tachée. Lui posant une question bien légitime, je l'entendis me répondre d'un ton sec : « Et bien maintenant, fais attention aux garçons. » Ce fut la seule explication. Je dus aller chercher dans la rue et auprès de mes amies dont les mères avaient été plus explicites, l'explication de cet évènement. Les premières manifestations de ma puberté furent le début d'un vrai cauchemar. Tous les mois, j'avais droit à la même question : « Tu as tes règles ? » Et il ne fallait surtout pas que j'ai du retard, car j'avais droit aussitôt à des inspections en règle de mes culottes. On dit quelquefois que les filles de ma génération sont un peu coincées sexuellement mais cela n'est pas étonnant quand on voit à quel point notre enseignement sur l'acte sexuel a été avili. J'avais l'impression pour ma mère, que faire l'amour, était quelque chose de sale. Et pourtant, quand on s'aime, ces moments de tendresse ne sont-ils pas les moments les plus doux de notre existence ? C’est bien Dieu qui nous en a fait cadeau !
Posté le 22.06.2008 par umpre
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Près de chez moi, habitait une petite amie qui faisait du piano. J'aimais bien me rendre chez elle car lorsqu'elle finissait la répétition de ses morceaux, elle me laissait pianoter. J'avais déjà une très bonne oreille et sans lire les notes puisque je les ignorais totalement, je répétais quelques petites phrases musicales qu'elle avait la gentillesse de m'apprendre. Ceci me donna fortement l'envie d'étudier le piano. J'en parlai à mes parents qui refusèrent d'emblée. L'explication fut très simple. Quatre ans au paravent, ils avaient inscrit mon frère et ma sœur au solfège et pendant un an, ils avaient dû payer les cours, mais mes aînés n'ayant jamais pu toucher un instrument de près, s'étaient vite démotivés et avaient arrêté l'étude. Donc pour moi, ils décrétèrent que l'effort n'était plus à faire. Mes premières cordes musicales furent ainsi brisées. Je pris toutefois l'habitude d'aller régulièrement chez mon amie. Cette amie vivait seule avec sa mère. Son père, éloigné par un travail qui se déroulait très loin de Blida, rentrait très rarement à la maison. Voulait-on me cacher une histoire de famille ? Une histoire qui ne me regardait en aucune façon ? Je ne vis jamais visage d'homme dans cette maison.
Un jeudi, n'ayant pas classe, mon père me demanda de l'accompagner au garage où il travaillait. Il devait affuter des scies. Ne sachant trop que faire, pendant qu'il s'exécutait je m’assis à son bureau. Mon regard alors, se promena sur tout ce qui se trouvait autour de moi, mais je ne touchai à rien. Le temps me paraissant long, je me mis à tapoter la table d'un mouvement d'impatience. Au bout de quelques minutes, mon père qui observait de loin, me dit : « Voilà, j'ai fini, nous rentrons. » Il remballa toutes ses affaires, baissa la porte du garage et nous regagnâmes la maison.
Arrivés chez nous, ma mère demanda si cela s'était bien passé. Mon père rétorqua :
« Oh Oui ! La tounta (mot du jargon espagnol qui veut dire l'idiote) n'a pas arrêté de jouer du piano » répondit mon père. Sachant bien que mon geste n'avait été que geste d'impatience, je répondis avec véhémence : « Mais ce n’est pas vrai ! » Je crois que la foudre tombant à mes pieds ne m'aurait pas fait autant d'effet.
-Quoi ! Hurla mon père, quoi, tu me traites de menteur !
Et moi, dans mon innocence à vouloir crier la vérité, je repris de plus belle : « Non, mais ce n’est pas vrai, je ne jouais pas du piano ! »
Mon père me souleva alors brusquement du sol et se mit à me cogner, cogner. Glissant un moment de ses mains, mon front vint frapper le bord de la table, ce qui provoqua une profonde blessure d'où un flot de sang se mit à jaillir. On n'aurait pas pu dire à ce moment d'où provenait ce sang car il recouvrait mon visage. Cela aurait pu être le nez cassé ou l’œil crevé ! Mais rien n'arrêta mon père, il m'attira de nouveau vers lui et continua à me battre.
Et votre mère, allez-vous peut-être demander ? Que disait-elle ?
Ma mère se tenait près de lui impassible et attendait que cela se passe. Ensuite, elle m'amena chez le docteur et dit à celui-ci que j'étais tombée. Je n'eus jamais l'occasion de m'expliquer. J'espère que de là où tu te trouves papa, tu as pu voir ma vie défiler et admettre enfin, que je n'avais pas menti. Je garde encore cette cicatrice au front, je t'ai encore une fois pardonné, mais je ne peux oublier.
De cette école primaire, bien des souvenirs me sont restés, c'est normal, je commençais à grandir. Je poussais toute en longueur, j'avais beau engloutir de gros morceaux de pain avec du chocolat ou de la confiture, ou encore des tartines imprégnées d'huile d'olive frottées à l'ail (j'adorais), je restais mince comme un fil. Il faut dire que je bougeais passablement.
Mes parents nous avaient inscrits tous trois, dans une salle de gymnastique et aussi bien mon frère, ma sœur, que moi, nous étions devenus de petits champions dans nos catégories. Pour ma part, j'étais très souple, et me tordais facilement comme un ver de terre. Ma spécialité, c'était le grand écart sur les anneaux. Lorsque que nous nous produisions dans d'autres salles, j'étais toujours écartelée au bout de ces deux cordes, ce qui faisait l'admiration des spectateurs. Ou alors, mon moniteur me faisait courir, sauter au-dessus du cheval d'arçon et retomber en grand écart.
Peut-être avais-je un peu épaté mes parents en ce temps -là ? Je ne saurais le dire, car ils étaient très avares de compliments, surtout à mon sujet. Il n'en allait pas de même pour mon frère et ma sœur ! J'avoue que j'ai gardé toute ma vie le goût de l'effort. Je suis très volontaire. Quand il s'agit de retrouver ma ligne, car maintenant un morceau de pain enduit de confiture me donne très vite de jolis capitons, je suis capable de régler mon appétit et de faire régulièrement du sport.
A l'école bien sûr, je donnais toujours les meilleures performances : course de vitesse, saut en hauteur et longueur, grimper de corde ou encore lancer de poids. J'étais un peu la championne et les élèves voulaient toujours m'avoir dans leur équipe. Il n'en allait pas de même pour le reste des matières. Plus je grandissais, plus je devenais bavarde, aussi, les leçons passaient quelquefois très loin de moi. Bon en, mal en, j'arrivai au cours moyen deuxième année. Dure, dure, cette année ! Des fondations pas très solides qu'il fallait consolider, des leçons bien longues qu'il fallait apprendre, bref, j'avançais lentement en boitillant comme un canard.
Notre maitresse se nommait Madame Grivel. C'était une femme charmante, toujours habillée élégamment, mais assez sévère. Quand je dis sévère, en fait, le terme n'est pas exact, je dirais plutôt qu'elle exigeait de nous le maximum. Elle fut elle aussi, un modèle tout au long de ma carrière. Ah ! Des maitresses comme elle, ça marque, et ça marque fort !
Un jour, alors que nous étions en leçon de sciences, elle nous demanda à tous, de nous rapprocher du tableau afin de bien observer un poumon de mouton qu'elle avait ramené de chez le boucher. Dans une volée de moineaux, nous fîmes ce qu'elle nous demandait. La leçon était intéressante et instructive, mais quelques élèves, dont la respiration du mouton laissait indifférents, se mirent doucement à glisser vers l'arrière du tableau. Comme vous l'avez certainement deviné, je faisais partie de ces petits « diables. » Pendant qu'elle s'évertuait avec les sages, à leur faire comprendre le mécanisme de cette belle respiration, nous, derrière le tableau, commencions sans y prendre garde à monter le ton. J'étais bien entendu peut-être, le meilleur ténor. Alors que je riais de la plaisanterie que je venais d'énoncer, une gifle magistrale vint s'abattre sur ma joue. Je n'avais rien vu venir, mais la gifle cuisante que je reçus ce jour-là ne s'est jamais effacée de ma mémoire. Et Dieu, que j'y ai repensé souvent pendant mes quarante-deux années d'enseignement ! Pourquoi ? Me direz-vous ? Attendez la suite. La sonnerie annonçant la fin de la matinée, je quittai l'école, la main bien plaquée sur ma joue, afin que les parents ne puissent remarquer les cinq doigts qui se détachaient merveilleusement sur ma peau bronzée. Ma mère m'ayant inscrite au catéchisme, ce jour-là après la classe, je m'y rendis. Pendant une demi-heure, je dus écouter les bonnes paroles de notre curé Lecoq. Cela me fait bien rire maintenant, car son nom avait fait en un temps le tour de la ville. Ce bon curé avait eu quelques bonnes aventures, non pas avec la bonne, mais avec les dames qui venaient lui rendre visite après les vêpres, et, comme dans tous les petits villages, la chose était passée à la postérité. Ah ! Ces curés ! Mon ciel me dit toujours : Mais il faut qu'ils se marient, il faut qu'ils donnent eux aussi de l'amour ! Allez savoir ! Bref, toujours est-il que ce jour-là, Monsieur Lecoq se pencha un peu sur ma joue pour l'examiner de plus près. Je n'eus pas le temps d'inventer une histoire, mes chers petits amis se chargèrent de déballer toute l'anecdote.
Après le catech, comme on disait, je pris le chemin de la maison. En grimpant les escaliers, mon cœur se mit à battre très fort dans ma poitrine. Je me sentis comme serrée dans un étau. Pressentais-je déjà la suite ? J'entrai dans la maison. Ma mère, affairée à terminer le repas, ne remarqua rien. Mais quand je fis irruption dans la salle à manger, mon père, assis devant son verre de pastis, fixa ma joue, se leva et me colla une seconde gifle magistrale sur la joue vierge. Des hurlements suivirent. Je dus donner quelques explications et admettre bien vite que j'avais mérité le châtiment. Il me fit asseoir et durant tout le repas, je ne levai plus le nez de mon assiette. Cette fois, personne ne pouvait rapporter cet épisode, il s'était passé à huit-clos.
Pourquoi ai-je repensé à cette histoire pendant toute ma carrière ? Vous devez vous en douter un peu ! Avec les relations actuelles parents- enfants, enfants-enseignants, je dirai qu’avant c'était peut-être un peu trop, mais maintenant ça l'est encore un peu trop dans l'autre sens. Qui n'a pas reçu dans sa vie, une gifle ou un coup de pied au derrière ? En a-t-on été plus traumatisé ? Notre génération a su conservé les valeurs de l'être humain, qu'en sera-t-il de nos enfants ? Je crains le pire ! Comme dit mon petit esprit Joël.
Posté le 21.06.2008 par umpre
5
En Octobre 1947, j'entrai en classe préparatoire. Depuis ce jour mémorable où ma peau commença à se tanner, je pris régulièrement de magistrales fessées. Tout en moi était devenu sujets à colère. Mon père ou ma mère ne supportait plus la moindre de mes incartades et si par bonheur, mon père restait impassible, c'était ma mère qui prenait la relève. Pour elle, n'ayant pas la force de mon père, cela se traduisait en morsures ou en tiraillement de cheveux, le tout assaisonné d’insultes des plus dégradantes. Que dire de cette peine immense qui prenait racine au plus profond de mon être et qui commençait à engendrer toutes sortes de complexes. On ne m'aimait pas. Mes parents ne m'aimaient pas.
A partir de ce moment là, c'est à dire de mes bientôt sept ans, je me mis à la recherche de l'affection. Puisque chez moi rien ne ressemblait à cette tendresse que chaque enfant est en droit de recevoir, il fallait bien que j'aille chercher ailleurs !
Pas très loin de la maison, habitait un garçon de mon âge. Il venait souvent dans mon quartier pour jouer avec nous. Est-ce les soirées amoureuses que ma sœur passait avec son ami ou bien les gestes un peu déplacés qu'avait mon père vis à vis de ma mère qui m'amenèrent vers Rémi ? Je ne saurais le dire. Toujours est-il, qu'un soir d'hiver, alors que la nuit tombait et que tous nos petits camarades étaient entrés chez eux, Rémi se pencha vers moi et nous nous embrassâmes. Oh ! Ce ne fut qu'un baiser de cinéma ! Nos lèvres humides se posèrent l'une sur l'autre et frrt , honteuse, je m'enfuis. Son cœur avait-il palpité ? Je ne le sus et ne le saurai jamais car ses visites s'espacèrent et un jour, il déménagea. Je crois que nous avions tous deux ressenti une honte d'avoir joué aux grands. Je ne sais pas ce qu'il est devenu, ni où il se trouve maintenant, mais moi, bien que le baiser ait été rapide, j'en ai toujours gardé un peu « l'eau » à la bouche. Premier baiser, rien oublié !
Au cours préparatoire, j'eus une maîtresse pas très avenante. Il faut dire que les classes étaient chargées et qu'elles n'avaient pas trop le temps de nous prodiguer de l'affection. Aussi, quand un matin la directrice nous présenta une remplaçante en nous expliquant que notre maîtresse était malade, je fus heureuse. C'était une jeune dame célibataire, grande, élancée, avec un visage très doux. Elle se présenta à nous avec gentillesse, ce qui fit très vite ma maîtresse préférée. N'ayant pas de vie de famille, elle nous considérait comme ses enfants et nous donnait beaucoup de tendresse.
Un matin, alors qu'elle nous expliquait tous les mystères du P et OU qui font POU, je sentis une envie soudaine d'aller aux toilettes. Je levai le doigt et, ayant compris l'objet de ma demande, elle me fit signe de sortir. Je me dirigeai en courant vers les toilettes car je ne tenais pas à manquer trop d'explications, me baissai au dessus du trou, c'étaient des toilettes à la turc, et attendis. Rien. Je retournai en classe, me rassis, et repris la leçon en cours. Deux minutes passèrent et cela me reprit. Je relevai le doigt, expliquai cette fois que je n'avais pas pu et repartis en courant. Le même scénario recommença. Je revins donc en classe pas encore soulagée. Alors que la maîtresse nous demandait de prendre les ardoises afin de répondre à ses questions selon le procédé Lamartinière, des picotements reprirent dans ma culotte. Je relevai le doigt. Mais cette fois-ci, croyant que je me prêtais à un jeu, elle me somma de rester assise et de me mettre au travail. Je fis de terribles efforts pour serrer mes fesses mais rien ne s'atténua. Je me mis alors à pleurer et expliquai devant toute la classe, ce qui se passait dans ma culotte. Alors que tout le monde éclatait de rire, je vis la maîtresse se diriger vers moi, demander à une élève de surveiller la classe et nous partîmes toutes deux aux toilettes. Et là, nous eûmes l'explication de ce qui n'était pas du tout une mascarade. Un ascaris énorme me titillait l'anus et demandait à sortir.
« Ne bouge pas ma chérie ». C'était la première fois qu'on m'appelait ma chérie. Au milieu de mes sanglots et en procédant très lentement, elle fit glisser cet immonde vers de mon rectum. Je me souviens avoir ressenti un tremblement dans tout le corps à la vue de ce « serpent », car pour moi, c'en était un. Délivrée de ce parasite, elle me donna la main et nous retournâmes en classe. A la récréation, je répondis à toutes les questions de mes petits amis qui ponctuèrent la fin de l'histoire par des : « Berk, berk . »
Souvent au cours de ma carrière d'enseignante, j'ai repensé à cette maîtresse, à sa gentillesse et je peux dire aujourd'hui qu'elle a été une ligne de conduite pour moi. Un peu d'amour, ce n'est rien à donner ! Pour un enfant, cela peut s'avérer très important. Je ne l'ai jamais oublié.
Ce soir là, je rentrai à la maison, fière de pouvoir raconter que la maîtresse m'avait aidée gentiment à me sortir d'une mauvaise situation. Je m'attendais à recevoir un peu de compassion, mais non, on écouta mon histoire et chacun reprit ses activités.
Posté le 20.06.2008 par umpre
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C'était un soir comme tous les autres. Mon père entrait du travail, nous souhaitait le bonsoir puis se servait un verre de pastis. Ma mère lui racontait les derniers potins de la journée en brodant toujours copieusement les bords. Fatigué peut-être de tous ces papotages, mon père se servait un second pastis. Et c'était comme cela tous les soirs. Les jours où il revenait avec ses petits tonneaux de vin, il allait à la cuisine laver soigneusement toutes les bouteilles rangées sous l'évier, et muni d'un entonnoir, remplissait ces petites demoiselles qui allaient dans sa vie l'accompagner généreusement. Oh ! Je ne dis pas que mon père était ivre mort tous les soirs ! Non, gardons-lui cette justice, je ne l'ai jamais vu saoul mais excité, très énervé ? Oui.
Ce soir là, donc, après avoir ingurgité ses deux bons verres de pastis bien frais, mon père décida de confectionner une tirelire. Il prit une boite du genre de celle que l'on trouve en pharmacie pour vendre le lait en poudre, fit une entaille sur le couvercle et me dit : « C'est pour toi. Tous les mois, je te mettrai une pièce. » Ce fut sa première et dernière manifestation de tendresse. Et quand je dis première, notez bien l'ordre, car il n'y en aura pas d’autre.
Quelques mois passèrent. On fêta mon sixième anniversaire. La tirelire sonnait de plus en plus fort chaque mois.
Dans la petite rue qui bordait notre immeuble, bien des amis habitaient. Nous nous retrouvions après l'école et pendant que nous mangions nos morceaux de pain enduits de confiture, nous nous amusions à cache-cache ou à grimper aux arbres. J'étais comme on dit, très garçon-manqué. J'aimais tout ce qui se rapportait au masculin. Jamais, dans mon enfance, les poupées ne furent pour moi un quelconque passe temps. Le seul poupon que j’eus, venait d'une tante qui avait cru bon m'en offrir un. Ma mère l’habilla d’une barboteuse en coton bleu ciel, et il accompagna ma vie jusqu'à mes dix-huit ans, assis dans un fauteuil sans aucune attention.
J'aimais le vélo, les patins à roulettes, les glissades dans les petites carrioles que nous nous fabriquions avec de vieilles caisses et roues de poussettes et surtout, surtout, j'aimais manger des bonbons.
Tous mes petits camarades avaient des parents plus fortunés que les miens. Les parents de Madeleine tenaient une épicerie, ceux de Francine, une boucherie, ceux de Jocelyne, un café. Le père de Jean-Claude était infirmier dans un hôpital psychiatrique. Pour chacun d’eux, l’argent ne causait pas souci. Souvent, ils arrivaient en bas de la maison, les mains pleines de bonbons ou de gourmandises. Ils m'en offraient bien sûr ! Nous nous aimions beaucoup et le partage ne se faisait jamais attendre. Alors un jour, j'eus moi aussi envie de faire preuve de générosité. J'aimais mes camarades et voulais aussi leur faire plaisir. Je commis donc ce jour-là et beaucoup d’autres ensuite, le larcin le plus sournois qui allait déclencher les foudres de mon père. Profitant de l'absence de mes parents, je m'emparai de la tirelire et bien cachée dans les toilettes qui se trouvaient sur le palier au fond du couloir commun, je commençai à sortir les pièces par la fente, le couvercle ayant été scellé.
Je devins très vite, une sorte de Père-Noël pour mes amis. Sitôt la belle pièce en poche, je courais chez le « moutchou » du coin, c'est comme cela que l'on nommait l’épicier musulman du quartier et je remplissais mes poches de bonbons. Oh ! N'allez pas croire que je m'empiffrais toute seule ! Non ! Mon grand plaisir était de les partager et de voir combien mes amis étaient heureux. Nous nous cachions dans un petit coin et là, à cœur joie, nous dégustions caramels, réglisses, guimauves, bonbons acidulés etc...etc...Bien entendu, je leur cachai la provenance de tout ce trésor. Comme tous les enfants, je pensais que jamais personne ne ferait la soustraction. C'était, oublier le poids de la boite. Eh, oui ! Plus les pièces disparaissaient et plus la boite s'allégeait, c'est ce qui déclencha le tonnerre.
« Mais que se passe-t-il ? » Dit un jour mon père, cette boite semble vide !
Mes jambes se mirent à trembler. Il prit un couteau et après quelques efforts, fit sauter le couvercle. Il ne restait plus que deux pauvres pièces qui n'avaient certainement pas eu le temps d'être extirpées.
Je le vis devenir rouge, rouge. Mon frère et ma sœur n'étant pas là, les questions fusèrent sur moi comme une flèche. Petite, fluette, ne sachant plus que faire, je me mis à pleurer. Ce fut pour mon père, la réponse à sa muette question. Deux mains alors, énormes, poilues, sèches, vinrent me soulever du sol et une pluie de coups s'abattit sur moi.
- Qu'as-tu fait de cet argent ? Hurlait mon père !
–J'ai acheté des bonbons pour mes camarades et moi.
Les coups tombaient de plus en plus fort et toujours la même question qui revenait.
- Répète ! Disait mon père. Qu'as-tu fait de cet argent ?
Et je hoquetais tant bien que mal, la même réponse.
- Ah ! Tu as acheté des bonbons ! Reprenait-il l'air de plus en plus courroucé. Des bonbons ? Pour tes camarades ?
Ces mots semblaient à chaque fois qu'il les répétait, lui donner une force de plus en plus grande. Au bout d'un long moment, essoufflé d'avoir tant crié et frappé, il s'arrêta, me promettant qu'il continuerait le lendemain.
Pendant toute cette scène, ma mère était restée impassible. Quand tout fut fini, je l'entendis me dire :
« C'est bien fait pour toi ! »
Je n’avais que six ans.
Cette nuit là, je m’endormis bien tard, mes bras, mes jambes, ma tête mes joues me faisaient horriblement souffrir. Mais comme tous les enfants usés par les violences, je finis par trouver le sommeil.
Le lendemain, c'était Dimanche. Dès que mon père fut debout, il vint me sortir du lit sans ménagement et comme un fou me traîna dans sa chambre. Là, il m'attacha au pied du lit, remonta un gros réveil qu'il mit près de moi et me dit : « Je viendrais te frapper toutes les cinq minutes. Ah ! Tu vas comprendre. » Et c'est ce qu'il fit. Mes cris, mes larmes, mes promesses de ne plus recommencer n'apaisèrent pas sa colère. Il y avait en lui une sorte d'excitation. Est-ce l'alcool qui, sans l'enivrer totalement, commençait à déranger son cerveau ? Je ne sais pas. Lorsque le réveil sonnait, il s'abattait sur moi comme un vautour s'abat sur sa proie. Soufflant, hurlant, il frappait, frappait jusqu'à épuisement. J'étais comme un animal, trempée dans mon urine que je ne pouvais retenir. Les coups étaient tellement terribles, qu'au bout d'un moment, il me semblait ne plus les sentir. Cela dura toute la matinée. Enfin libérée de mon tortionnaire, je regagnai ma chambre et me rendormis. Y-a-t-il des « anges » pour les enfants battus ? Je le crois.
Les jours passèrent, mon père se montra plus calme, un peu comme les mers après les tempêtes.
Je gardai mes bleus très longtemps.
En ce temps-là, les maîtresses ne s'occupaient pas trop des histoires de famille et d'ailleurs, avec la morale très rigide qui existait en ce temps là, je pense que quiconque aurait donné raison à mon père. Il fallait me mâter.
De cette horrible scène, une grande aversion pour ces gros réveils s’est ancrée en moi. Qu'ils soient bleus, verts, ornés d'oiseaux ou de canards, leur simple vue me rappelle, tel un métronome, les tic-tacs sonores qui entrecoupaient la folie de mon père.
On dit que dans l’au-delà, les êtres qui se sont rendus coupables d’actes violents, revivent inlassablement leurs gestes et la souffrance qu’ils ont provoquée, jusqu’à ce que celle–ci s’estompe dans leur mémoire. Je pense donc que mon père a du et doit encore beaucoup souffrir. Il est par la pensée maintenant auprès de moi. Il me demande pardon. Comme pour ma mère, j'ai enfin pardonné, mais je ne peux oublier.
Quelquefois dans mes rêves, des scènes me hantent. Surtout cet épisode pour lequel je me demande encore du haut de mes soixante-six ans s’il n’a été que fruit de mon imagination ou réalité. Je me revois dormir sur un petit lit et mon père, poser sur moi un gros coussin, s’asseoir dessus afin de m’étouffer. Pourquoi ce rêve reste-t-il encore dans ma mémoire ? Quand et comment pourrai-je en avoir réponse ? Dieu a-t-il voulu en m’ouvrant un canal vers ce monde, faire en sorte que j’y trouve des explications ? Je m’applique chaque jour à comprendre, à analyser à travers leurs enseignements ma propre vie et mes propres sentiments. Mais les choses sont très complexes.
Merci à Dieu, merci à ce Père de Lumière, à tous ces esprits dont ma vie est meublée, ils me permettent de porter au plus haut, la souffrance des enfants et le besoin d’y remédier. Je n'ai encore pas bien compris, le choix de Dieu, je pense que ce livre qui m’oblige à revoir ma vie dans ses moindres détails, sera porteur d’éclaircissement.
Je dois rajouter ici un petit paragraphe. Ce livre que je suis en train d’écrire, je ne l’écris pas seule. Je suis en constante relation avec des esprits de l’au-delà. A chaque fois que je relis le passage concernant la souffrance des enfants, des larmes viennent inonder mon visage et une certaine angoisse m’empêche de respirer. Alors, humblement, je demande : »Qui es-tu ami ? Voici donc les mots qui viennent s’inscrire dans ma pensée : »Je suis une amie, tout comme toi j’ai beaucoup souffert de la violence. A force de coups portés par ma mère sur ma personne, j’ai perdu la vie et rejoint le ciel. C’est pourquoi, je suis de tout cœur avec toi. Je suivrai ton livre avec beaucoup d’amour et t’aiderai à trouver les mots qui toucheront tes lecteurs. (c’était une parenthèse mais il me fallait l’écrire)
Il y a deux nuits déjà, j'ai fait un rêve. Je me trouvais enfermée dans une cabine d'ascenseur avec un homme vêtu de blanc. Assis sur une banquette, il levait la tête et me montrait son cou. Une grande panique m’habitait. Pendant la guerre d’Algérie, on racontait beaucoup d'histoires sur les fellagas qui égorgeaient leurs victimes, et pour moi, l'attitude de cet homme devait ramener en moi des angoisses emmagasinées quelque part dans mon inconscient. La voix de Charles résonna alors dans ma pensée. Charles, est mon esprit de cœur, celui qui guide mes pas.
- Pourquoi avez-vous peur ma chérie ? Me demande-t-il ?
- Je ne sais pas, peut-être parce que je suis enfermée, avec cet homme qui montre son cou.
- Tient-il quelque chose entre ses mains ?
Mes yeux alors se posent sur les genoux où ses mains reposent.
- Non, il n'a rien
- Alors, pourquoi avez-vous peur ? Cherchez ma chérie. Dans ce rêve, j’ai tout juste, dix ans. Je suis vêtue d'une robe blanche.
- Je suis enfermée, c'est cela qui me fait peur.
Soudain la porte s'entrouvre. Je tire vivement le battant et me mets à courir, courir, sur une route dont l'horizon m'apparait très sombre.
- Où courez-vous me demande Charles. Où courez-vous, ma chérie ?
- Je ne sais pas.
A ce moment, ma chatte Shallimar saute sur mon ventre et je me réveille en transpiration encore sous l’emprise de ce rêve. Je comprends soudain que ma vie cache des souffrances anciennes, des souffrances que je dois percer pour pouvoir avancer sereinement. Il est vrai que dans ce rêve c’est l’horizon qui se montre brumeux, un horizon qui est sensé faire partie de mon avenir ? Mais avons-nous vraiment un avenir ? Notre vie n’est-elle pas une longue histoire à plusieurs épisodes rangés un peu pêle-mêle dans notre mémoire ?
Posté le 19.06.2008 par umpre
C 'est un pain au chocolat qui rencontre un croissant et qui lui dit :
He, pourquoi t'es en forme de lune toi ?
Oh, j't'en pose des questions, moi ? Est-ce que j'te demande pourquoi
t'as une merde au cul ? > >
C'est une blonde qui retrouve une de ses copines, blonde aussi.
Holalalalalala, j'ai encore raté le permis...
Qu'est ce qui s'est passé ?
Je suis arrivée près d'un rond-point et là comme l'indique le panneau
30,
J'ai fait 30 fois le tour du rond-point.
Et tu t'es trompée de combien de tours ? > >
Deux gays fêtent leur 1 an de PACS :
Ce soir c'est Champagne-vaseline
Mince, on n'a plus de vaseline....
Alors ce sera Champagne - Cul sec !
Une femme nue, se regarde debout devant la glace :
Elle dit à son époux : 'Je me trouve horrible à regarder, grasse et
ridée...
J'ai besoin d'un compliment '
Le mari répond : 'Tu as une bonne vue'. >
Une blonde se promène et se croise avec un miroir..
Elle pense alors : J'ai déjà vu ce visage quelque part... Je suis
presque
Certaine que je le connais...
Après un moment elle se dit Ah, je sais !!!
C'est la connasse qui me fixait chez le coiffeur.
Deux blondes sont en voiture.
Un oiseau chie sur le pare-brise.
L'une dit : Va falloir l'essuyer.
L'autre rétorque : Bof, il est déjà trop loin.
Une blonde est avec son mec du jour. Il lui demande en rigolant :
Tiens, c'est normal que t'aies un bas rouge et un noir ?
Ah, m'en parle pas ! En plus j'en ai une deuxième paire comme ça.
C'est un professeur qui donne un cours d'histoire à 20 blondes....
Première question : Où est l'Amérique sur la carte ?
Nicole, une des blondes, se lève et trouve l'endroit sur la carte.
Bien,
Deuxième question : Qui a découvert l'Amérique ?
Les 19 blondes se lèvent d'un coup sec et disent :
C'est NICOLE !!!
Une blonde rentre dans un magasin et demande à la vendeuse un déodorant.
La vendeuse lui répond : Un déodorant à boule ?
Et la blonde s'offusque : Non ! Un déodorant pour les dessous de bras
Une blonde est avec son copain dans une voiture garée à l'abri des
regards Indiscrets.
Ils s'embrassent tendrement et langoureusement quand le garçon propose à
la blonde
Tu ne veux pas aller sur la banquette arrière ? La blonde fait la moue,
et refuse l'invitation.
Le garçon, courtois, ne brusque pas les choses.
Les 2 amoureux repartent de plus belle dans des embrassades sans fin...
Au bout de quelque temps, le garçon réitère sa proposition :
Tu ne veux pas aller sur la banquette arrière ? La blonde ne semble
décidément pas d'accord. Le garçon reste dubitatif, car tout se passe
bien et il ne comprend pas les motifs de son refus.
Il lui demande :
Mais pourquoi ne veux-tu pas aller sur la banquette arrière? La blonde
lui répond : Parce que je préfère rester avec toi !!!
Deux blondes sont sur un pont à Joinville (94), en train de se
disputer:
- C'est la Seine !
- Faux, c'est la Marne !
- la SEINE !!!
- La MARNE !!!
- Ok, je vais voir.
Et elle saute par-dessus la rambarde.
Une demi-heure plus tard, elle arrive, chancelante, visage ensanglanté,
le corps tuméfié.
- Alors ?...
- C'est l'autoroute A4 !
C'est une blonde qui entre dans un bar.
Elle approche le barman et timidement lui chuchote dans l'oreille :
- Où sont vos toilettes ?
Le Barman lui répond :
- De l'autre côté.
La blonde se déplace et lui chuchote dans l'autre oreille :
- Où sont vos toilettes ?
Une secrétaire blonde à son patron :
- Monsieur le Directeur, mon salaire n'est pas en rapport avec mes
capacités !
- Je le sais bien, ma pauvre fille, mais nous ne pouvons tout de même
pas vous laisser crever de faim...
Un patron passe un savon à sa secrétaire blonde :
- Mademoiselle, vous avez fait plus de vingt fautes dans cette
lettre ! Vous ne vous êtes donc pas relue ?
- Je n'ai pas osé, Monsieur !
- Pourquoi ?
- C'est écrit 'confidentiel' en haut à gauche...
Bisousxsxs
Sophy Une blogeuse. Merci pour ces fou-rire
Posté le 19.06.2008 par umpre
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Ma vie à l'école se déroulait sans complications. Je me revois à la Maternelle dans une classe aux murs très hauts, garnis de grandes fenêtres à petits carreaux. Si mes souvenirs sont exacts, les vitres du haut étaient souvent poussiéreuses, cela devait demander une telle gymnastique pour les nettoyer que les femmes de service devaient certainement éviter de lever la tête. De cette période là, peu de choses me reviennent si ce n'est quelques boudins de terre glaise avec lesquels je fabriquais des sortes de bols que nous faisions sécher sur le rebord des fenêtres et une petite pièce de théâtre que nous avions montée et dans laquelle je devais embrasser mon partenaire. Je me souviens avoir refusé de le faire car je ne voulais pas partager avec lui, les chandelles gluantes qui coulaient de son nez.
Les sorties et entrées de l'école grouillaient toujours de monde. Les appels incessants des femmes musulmanes drapées dans leur voile et duquel, n'apparaissait qu'un œil, me faisaient toujours sourire. Mohamed ! Ali ! Mansour ! criaient-elles .C'est ta mère ? Demandais-je aussitôt ? Mais comment tu le sais ? Je les voyais toutes pareilles. Dans ma tête d'enfant, je comprenais mal comment ils pouvaient faire la différence. Il y avait aussi les grands frères qui posaient les tout petits sur les selles très hautes des vélos souvent en piteux état et puis...et puis... le plus beau souvenir , le magasin de bonbons ! Il se trouvait tout en haut de la rue près de l'école primaire de filles. Souvent, nous nous y rendions avant d'entrer en classe. Quand l'un d'entre-nous s'y dirigeait, aussitôt une file de petits copains suivait. Nous entrions à quatre ou cinq et patiemment, nous attendions notre tour. Le marchand demandait alors : «Combien tu as ? » Il s’emparait de nos petites pièces et après un compte rapide, dévissait un gros bocal, enfouissait la main, en ressortait une grosse poignée de bonbons colorés qu’il nous présentait. Cinq paires d'yeux alors, les recomptaient. On ne sait jamais, des fois qu'il en aurait mis un de plus ! Rapidement dehors, nous partagions un à un notre trésor. Allez dire maintenant que les enfants ne savent pas compter ! Cela dépend de ce que l'on compte !
Dans ma carrière, souvent en mathématiques, alors que je commençais à expliquer les unités dizaines, centaines, les enfants se perdaient très vite, mais si je remplaçais les bûchettes par des bonbons, miracle ! La leçon devenait plus intéressante. Allez comprendre ! Toujours est-il que ma gourmandise fut un jour bien châtiée.
Ah, ces bonbons ! Ils allaient hanter toute ma vie.
Posté le 18.06.2008 par umpre
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Nous étions une famille de trois enfants. Mon frère F…., de neuf ans mon aîné, était (et je ne ferai pas preuve de modestie) un beau garçon. Toutes les filles lui couraient après. Très sportif, il s'était taillé une belle musculature. Intelligent, très souriant, il savait charmer tout son monde. Ma mère en était très fière ! Comme on dit souvent, elle avait pondu son plus bel œuf. Il est vrai que quelquefois entre mère et fils, des liens très forts peuvent se tisser. C'était son premier enfant ! Quand on sait à quel point les hommes en ce temps-là tenaient grande importance à avoir des garçons, je crois que je n'ai pas besoin d'en rajouter.
Ma sœur, de six ans plus âgée que moi, était aussi une belle fille. Mais je n'ai pas souvenir de quelqu'un de souriant. Elle faisait plus sérieuse, plus réservée. Elle avait de très grandes qualités, surtout en couture. Très tôt, elle tomba amoureuse d'un garçon qui devint plus tard son mari. Bien que nous soyons sœurs, nous n'avons pas de souvenirs communs. Etait-ce la différence d'âge qui en fut la cause ? La seule chose dont je me souvienne, ce sont les soirées passées avec elle et son fiancé dans la chambre. Ils étaient tous deux allongés sur le lit, dans des positions très correctes, papotaient de choses et d'autres et moi, je faisais le chaperon.
Mon père était un homme de grande stature, d'ailleurs tous trois en avons hérité. Je l'ai toujours connu chauve, mais sur la cheminée dans la chambre de mes parents, il y avait une photo le représentant à l'âge de vingt-cinq ans. Je dois encore dire qu'il était très beau et je comprends que ma mère en soit tombée amoureuse. Moralement, il avait une droiture et une honnêteté exemplaire. Il ne disait jamais de mal de quiconque, savait rire quand il le fallait et était très travailleur. Il avait commencé une carrière de chauffeur de car à Oran, mais après la naissance de mon frère et ma sœur, il avait avec ma mère, rejoint une petite ville près d'Alger, où une place de chef d'équipe dans les télécommunications lui avait été proposée. Pour en arriver là, il avait dû suivre un stage à Paris et beaucoup étudier. C'est donc à Blida où ils s'installèrent, que je naquis le 25 Mai 1941.
Le travail de mon père consistait à aller poser des lignes téléphoniques chez les colons avec une équipe dont il était le chef. Le soir, quand il rentrait chez nous, il ramenait souvent avec lui de petits tonneaux de bon vin, des cageots d'oranges, mandarines, figues, raisins et légumes de toutes sortes, c'est dire que nous ne manquions de rien. L'hiver, alors que le froid glaçait notre maison sans chauffage, il ramenait un ou deux poteaux usagés. Sans prendre la peine de les débiter, nous les placions dans l'âtre de la cheminée qui se trouvait dans la salle à manger. Ils traversaient ainsi la pièce et au fur et à mesure de leur consommation, nous les avancions.
Ma mère était femme au foyer comme toutes les mères en ce temps là. Quelquefois, je me plais à penser que, si elle avait travaillé au dehors, peut-être que ma vie n'aurait pas été celle qu'elle a été. De sa propre vie, elle ne m'en a jamais fait confidence. Ce que je rapporte ici, je le tiens de ma tante qui bien après la mort de ma mère, a consenti à m'en parler.
Ma grand-mère maternelle s'était mariée à l'âge de dix-sept ans avec mon grand-père Juan Mathias G…. Celui-ci agriculteur, possédait une ferme en copropriété avec ses frères. De cette union naquirent trois enfants : mon oncle Séraphin, ma mère Joanica dite Jeannette et un petit troisième qui mourut à l'âge de douze mois. La vie semblait sereine quand un jour, on retrouva mon grand-père au milieu des champs. Il avait été abattu d'un coup de fusil. Après bien des déboires dus à cette nouvelle situation, ma grand-mère se remaria avec un homme de quarante et un ans, père de quatre garçons. Cette famille recomposée compta alors six enfants, allant de quinze à six ans, âge de ma mère. Les garçons de ce deuxième mari devinrent vite pour elle, sujets de grand enfer. En nombre, ils la faisaient terriblement souffrir avec leurs jeux brutaux et leurs paroles blessantes. Quant à l'homme, il lui interdisait tous jeux qu'une enfant de son âge était en droit de demander. Ma mère, faisant pipi au lit, devait dormir sur une paillasse posée à même le sol afin de ne pas salir de draps. Outre ces manifestations de despotisme, elle devait s'occuper de la cuisine, du ménage et un peu plus tard de tous ces enfants qui allaient naître à bonne cadence. A dix ans, elle cessa d'aller à l'école. C'est dire que ni la lecture ni l’écriture n’allaient faire partie de son patrimoine. Elle apprit tout de même à broder chez les sœurs, ce qui plus tard lui permettra de gagner sa vie.
Dès qu'elle le put, elle quitta la maison et se réfugia chez un oncle qui voulut bien l'accueillir. N'ayant aucune instruction, elle se plaça comme bonne à tout faire dans une famille qui très vite l'apprécia, et dont le fils unique allait devenir mon père.
Quand je relis les lignes de cette enfance j'aurais tendance à pardonner, mais je ne peux pas, pas encore. L'image que je garde de ma mère est tout autre. A-t-elle voulu se venger ? A-t-elle été jalouse de ma vie ? Peut-être sera-t-elle un jour en mesure de me répondre. Ce que je peux dire tout de suite, c'est que ma plus grande hantise est celle de lui ressembler. Si beaucoup de filles se targuent d'être la réplique fidèle de leur mère, moi, au plus profond des fibres de mon corps, je fais tout pour l’éviter.
Que dire de ma mère, sans choquer le lecteur ?
Pour moi, c’était une femme foncièrement méchante, prête à tout pour me faire du mal, me rabaisser. Quand elle me regardait en me disant : « Tu vas voir ton père ce qu'il va te faire ? » je sentais en elle une grande jubilation : ses petits yeux se fronçaient, ses lèvres minces se tordaient, son nez plongeait en avant comme celui d'une sorcière. Un seul bruit parvenait de la rue, elle entrouvrait les fenêtres et regardait très curieuse, en ne perdant pas un mot de ce qui se racontait. Avec les vestes qu'elle taillait à chacun et les broderies qu'elle y rajoutait, elle aurait fait battre des montagnes. Et puis, elle mentait.
Je voudrais dire ici, qu'à l'heure où j’écris ces lignes, ma mère est près de moi, tout au moins son esprit. Elle est tout à fait d'accord sur le fait que je la déshabille. Elle dit reconnaître les faits et espère qu’à la fin de ce livre, nous recommencerons une « nouvelle vie, un grand amour entre mère et fille. » Merci Maman, Merci, j'en ai besoin. Je compatis à toute cette souffrance que tu as endurée au cours de ta jeunesse, mais pourquoi m'en as-tu fait payer le prix ? Est-ce que de ton ciel, tu penses encore que je le méritais ? Pourquoi n'as-tu pas agi à contre sens comme je l'ai fait moi-même pour mes enfants ?
On dit que les autobiographies servent souvent aux écrivains à faire leur propre thérapie. Si ce livre est né c'est en priorité pour essayer de comprendre le cours de ma vie et laisser à mes enfants le souvenir d’une mère qui n’aura jamais cessé de les aimer malgré les nombreuses tempêtes.
La deuxième raison, peut-être la plus importante, percer ce grand mystère qui un jour de mes 61 ans est venu bouleverser ma vie au plus profond de mon âme.
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