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Nom du blog :
umpre
Description du blog :
Artiste peintre, comédienne, écrivain au service des enfants : Assos : UMPRE . Messagère
Catégorie :
Blog Art
Date de création :
20.11.2007
Dernière mise à jour :
19.11.2009

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UNE PORTE VERS LES ETOILES 7 et 8 Chapitre

UNE PORTE VERS LES ETOILES 7 et 8 Chapitre

Publié le 23/06/2008 à 12:00 par umpre
7

L'année scolaire touchait à sa fin et avec elle, décisions des passages. Mes résultats étant sous la moyenne, la maitresse me fit entrevoir le redoublement. Vers la mi-juin, j'amenai le carnet de notes chez moi. Les appréciations n'étaient pas trop sévères. Ma maitresse me reconnaissait un certain potentiel, une certaine intelligence mais, disait-elle, ma faible moyenne ne permettait pas l'examen de passage d'entrée en sixième.

Mon père était à ce moment là dans l'attente d'une mutation. S'il l'obtenait, nous déménagerions dans le sud algérien. Il était donc pas question, étant donné que dans cette nouvelle ville, il y avait un collège, que je ne tente pas l'examen. Prenant cette mutation comme argument, ma mère alla voir Madame Grivel ainsi que la directrice de l'école. Toutes deux l’assurèrent de mon incapacité à réussir cet examen. Ma mère, maintenant sa position, insista pour qu'on me donne une chance. Après force suggestions et interrogations, elles finirent par accepter de me présenter.
Une semaine avant les vacances, je partis donc munie de ma trousse et de quelques feuilles de brouillon vers le collège où se déroulait l'examen. Je me souviens avoir rempli des pages et des pages d'exercices pendant une longue journée. Etaient-ils justes, étaient-ils faux ? Je n'aurais su le dire. Pour moi, tout s'était très bien passé du moment que j'avais écrit et n'avais pas bavardé.

Nous eûmes les résultats les premiers jours de Juillet. Ils étaient affichés sur la porte du collège et imprimés sur le journal. Les listes étaient interminables car elles regroupaient tous les cantons environnants. Ma mère, me tirant sans manque de tendresse, me dit : « On va aller voir de quoi tu es capable. » Première liste, rien. Deuxième liste, rien. Nous passions en revue, chaque feuille mais toujours, rien. Nous cherchions les R. Tout à coup, je lus ROD mais celui-ci ne correspondait ni à mon prénom, ni à mon école. J'eus tout de même un haut le cœur.
G…! G… ! Tu as réussi ! Une voix de l'autre côté de la cour criait mon nom. Nous nous retournâmes ma mère et moi. Jocelyne et sa maman arrivaient en courant vers nous. Les résultats sont là-bas ! Elles nous montrèrent le fond de la cour. J'étais euphorique. Pour la première fois, ma mère riait et ne cessait de répéter : « C'est vrai, c'est vrai, vous l'avez lu ? » Nous partîmes toutes les quatre vers la fameuse porte qui allait être le début d'une longue série.

Mon père fut tout de même heureux. Et bien qu’on ait été en vacances, il commença à me donner des directives pour l'année prochaine.
Pendant l'été, sa mutation fut refusée, nous ne partions plus. Cela me rendit très heureuse car je n'avais pas du tout envie de quitter mes amis et mon quartier.

Au mois d’Août, je partis en colonie à Fort de L'eau, une station balnéaire près d'Alger. C'était la colonie des postiers. J'aimais la colonie. En plus des nombreux bains que nous prenions, nous faisions une foule d'activités. Les moniteurs et monitrices se montraient très avenants et puis là, je ne risquais plus de prendre de fessées car croyez-moi, entre les mémorables, et les moins mémorables, il y avait toujours, les hebdomadaires.

Derrière la porte de la cuisine, accroché à un clou, mon père avait placé un morceau de tuyau noir rigide et à chaque fois que ses nerfs lâchaient ou que ma mère l'ait longuement agacé en lui rapportant toutes mes petites histoires fourrées de fiel, il décrochait son objet et m'assénait des coups qui me laissaient au sol couverte de bleus , bleus que je devais ensuite cacher avec astuces.

8

Les vacances terminées, il fallut se rendre dans les librairies pour satisfaire aux longues listes de livres et cahiers demandées par les professeurs. Nous avions au bout de notre rue P…, la librairie Orta. Toute la famille y travaillait. C'était une grande librairie-papeterie dans laquelle on trouvait tout ce que l'on désirait. Grands et petits élèves se côtoyaient et pendant que nos parents faisaient la queue au comptoir, nous, les enfants, nous nous regroupions à l'écart pour bavarder. Nous échangions déjà nos craintes et nos appréhensions concernant cette nouvelle vie. Se retrouver tout d'un coup avec les grands nous rendait fiers mais cela soulevait tout de même en nous une certaine angoisse.

Après les livres, ma mère s'occupa du tablier. Pas d'Adidas ni de Reebok en ce temps là, tout le monde était logé à la même enseigne. Chaque classe avait sa couleur. Nous, les sixièmes, nous avions le tablier bleu, un joli bleu-ciel qui faisait ressortir nos bronzages d'été. Dès le premier jour, nous comprîmes qu'ici, ce n'était pas la primaire. Au coup de sonnette, il fallait vite se mettre en rang deux par deux, avoir les mains propres et les cheveux attachés. Pas de mains dans les poches non plus, nous devions nous tenir bien droites, l'air digne. Pour les grandes filles, le port des bas était obligatoire mais, elles avaient de petites astuces pour ne pas suivre la règle. Comme la surveillante générale était un peu myope, elles dessinaient sur leurs jambes un trait de crayon noir justifiant la baguette.

La sixième se passa sans trop de difficultés. Mon père suivait tous les soirs mon travail et me faisait réciter les leçons. Comme de bien entendu, quand j'obtenais de mauvaises notes, je passais mes jeudis à faire des lignes après avoir reçu quelques coups de tuyau.
De cette sixième, je garde le souvenir d'un professeur de couture : une femme très soignée, d'une grande gentillesse et empreinte de beaucoup d'humour. C'est à elle, que je devrai plus tard, mon goût pour la couture et les beaux vêtements. Lorsque nous faisions un ourlet, elle nous disait toujours : « Ecrasez l'ourlet avec le bord de l'ongle du pouce de la main droite. » Cette petite phrase était devenue dans le lycée, très célèbre. A chaque fois que nous nous informions sur le nom de nos professeurs et qu’on en arrivait à elle, nous la refaisions : « Bonjour mesdemoiselles, je suis Madame Texeire, en chair et en os et toutes ensemble, nous énoncions la fameuse phrase... écrasez l'ourlet avec le bord de l'ongle du pouce de la main droite. » On riait à gorge déployée. Elle nous racontait tout : histoires de famille, de sa vie, de ses aspirations, elle aussi fut pour moi un modèle. J'ai toujours parlé de ma vie, de mes enfants à mes élèves, et je pense que cela a contribué à être pour eux plus qu'une maitresse.

La sixième terminée, j' eus mon passage en cinquième. j'avais douze ans. J'avais encore grandi, j'étais toujours aussi fluette et toujours aussi entêtée. J'avoue, car il faut avouer ses défauts, j'étais une véritable « testarde.» Quand je me mettais en tête une quelconque idée, il fallait que je la suive, même si cela devait m'amener des désagréments. Je ne sais pas maintenant à l'âge que j'ai et après mûres réflexions, si cet entêtement n'a pas été bénéfique. Ma vie a toujours été tirée par des
projets, quelquefois faciles, quelquefois bien fous mais grâce à cet entêtement, je suis toujours arrivée à mes fins avec bonheur. Est-cela qui plaît à Dieu, à ce bon Père qui me parle ? J'ai toujours cru en moi. Comme disait ma maitresse, je sens mon potentiel, je sais ce que je peux tirer de moi, de ma volonté, je n'hésite pas à aller au fond des choses. Irai-je encore cette fois-ci jusqu'au bout de mes projets ? Donnerai-je le bonheur à toutes ces âmes du ciel qui me demandent cette marche vers la paix ? Je dis ici, que je vais mettre tout en œuvre pour y arriver. « Quand on veut, on peut », telle a été toujours ma devise. Je le veux. On me donne trop de bonheur pour que j'abandonne et déçoive. Je ferai dans cette vie qui me reste, tout ce qui me sera possible de faire. Pour le reste, je compte sur ce grand ciel qui m'a ouvert les bras pour montrer à l'humanité que je ne suis pas seule dans cette grande entreprise. Dieu le veut, alors, nous réussirons, dussé-je y laisser la vie !

Les années au lycée se suivirent, je n'étais pas une élève transcendante mais j’avançais doucement. Ma vie au sein de ma famille avait des hauts et des bas. J'avais appris à ne plus attendre aucune manifestation de tendresse ou d'affection. Je me plaisais avec mes amis et j'étais pour eux une bonne camarade qu'on invitait partout. Je savais toujours mettre de l'ambiance dans les réunions ou après-midi dansants et les gens appréciaient ma bonne humeur. A la maison, je faisais toujours le ménage en chantant à tue-tête, je rêvais d'être chanteuse, danseuse, ou actrice. J'aimais les chansons de Dalida, Claude François, Gilbert Bécaud. Je me souviens qu'à l'âge de seize ans, j'avais participé à un radio-crochet diffusé sur les ondes de Radio-Alger. Cela se passait sur le kiosque de la place d'Armes. Toutes les terrasses des cafés étaient emplies de monde et la place elle même était bondée. J'avais interprété: Mes Mains de Bécaud. A ce moment là, je n'avais pas mesuré combien cette chanson était osée pour une fille de mon âge, j'aimais Bécaud, je l'avais chanté.
Je voudrais dire ici, même si ce renseignement doit vous laisser perplexe, que l’esprit de Gilbert m'a écrit une très belle chanson après une violente altercation que j'ai eue avec mon fils de trente ans. Elle est magnifique, je l'ai déjà interprétée sur scène, elle plaît beaucoup. Elle s'intitule : Un cœur de mère.

Au fur et à mesure que ma personnalité s'affirmait, mes relations avec ma mère se tendaient. Je me souviens qu'un jour, aux toilettes, j'avais découvert ma culotte tachée. Lui posant une question bien légitime, je l'entendis me répondre d'un ton sec : « Et bien maintenant, fais attention aux garçons. » Ce fut la seule explication. Je dus aller chercher dans la rue et auprès de mes amies dont les mères avaient été plus explicites, l'explication de cet évènement. Les premières manifestations de ma puberté furent le début d'un vrai cauchemar. Tous les mois, j'avais droit à la même question : « Tu as tes règles ? » Et il ne fallait surtout pas que j'ai du retard, car j'avais droit aussitôt à des inspections en règle de mes culottes. On dit quelquefois que les filles de ma génération sont un peu coincées sexuellement mais cela n'est pas étonnant quand on voit à quel point notre enseignement sur l'acte sexuel a été avili. J'avais l'impression pour ma mère, que faire l'amour, était quelque chose de sale. Et pourtant, quand on s'aime, ces moments de tendresse ne sont-ils pas les moments les plus doux de notre existence ? C’est bien Dieu qui nous en a fait cadeau !









:: Les commentaires des internautes ::

Anonyme le 30/08/2009
Bonjour Laurent. C'est bien loin tout ça. Je ne sais pas qui vous êtes pour elle, mais je peux vous dire que c'était une femme très humaine, d'une grande gentillesse, toujours un mot gentil pour ses élèves et toujours impeccablement mise. A l'unanimité toutes les élèves de ce collège l'ont beaucoup aimée. Je ne me souviens pas de ce qu'elle nous racontait, c'était souvent les petits tracas de ses enfants comme nous en avons tous. Mais quel bonheur de l'écouter, à notre âge (11 ans)Grâce à elle j'ai aimé la couture et je l'ai enseigner aussi à mes élèves de la même façon qu'elle me l'avait enseigné. Je pense qu'elle doit faire partie de cet autre monde. Mais je suis certaine que de l'autre côté, elle aide les petites couturières sur terre. Bien amicalement
Georgy
http://umpre.centerblog.net