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Dans la même période qui suivit cet évènement fâcheux, mon frère et ma belle-sœur se marièrent. Je dus bien entendu assister à la cérémonie. Je sentais en ma mère aucun regret sur ce que je venais de vivre. Elle prépara les festivités sans se préoccuper de la honte qui m’envahissait à l’idée de me montrer en public. C'était certainement bien fait pour moi comme elle avait l'habitude de dire.
Je suivis la cérémonie terrée derrière les piliers de l'église puis au fond du jardin dans lequel avaient été installées les tables pour le repas. Alors que la fête battait son plein, Mady, la sœur de ma belle-sœur avec qui j’étais amie, me demanda de sortir de la villa. Mon amoureux m'attendait. Mon cœur se mit à battre très fort. Un mélange d’angoisse et de joie m’habitèrent. Depuis ma tonte de cheveux, je ne l’avais pas revu et je craignais bien légitimement sa réaction. Aussi, je ne courus pas vers lui comme je l’aurai fait par le passé. J’hésitai longtemps à répondre à sa demande, mais admettant qu'il avait fait l'effort de venir jusqu'au village, je me devais moi aussi d'aller vers lui. C’est donc à petits pas et la tête baissée que je m'approchais. Sa réaction en me voyant fut des plus discrètes. Il m'accueillit avec chaleur plantant ses yeux dans les miens comme pour éviter de regarder le sommet de ma tête. Je savais très bien qu’il avait du faire le détail dès mon apparition dans le lointain, mais rien ne parut sur son visage. Nous parlâmes un moment et très vite devant la joie de le retrouver, j'oubliai mes cheveux et mon allure clownesque.
Les jours qui suivirent, nous rétablîmes nos petits rendez-vous, en faisant bien attention à l'heure afin de n'éveiller aucun soupçon. A force d'entêtement, mes parents finirent par accepter sa présence à mes côtés. A la maison maintenant, je pouvais parler de lui sans crainte. Quelquefois même, il me raccompagnait jusqu'en bas de l'immeuble et après des baisers sans fin, je montais les escaliers, heureuse.
Ma scolarité continuait à être ponctuée par les continuelles réprimandes de mon professeur de français, ce qui renforça en moi le désir de quitter le lycée. Vers le mois d'Avril j’appris par des amis, qu'un concours pour entrer au CREPS devait avoir lieu vers la mi-mai. Je pris rapidement les renseignements auprès de l'académie d'Alger et m'inscrivis. Ayant un peu délaissé les activités sportives cette année-là, mon frère décida de m'entraîner. Tous les matins, nous descendions au stade et là, chronomètre en main, il me faisait courir le 100 mètres puis le 400 mètres.
Le CREPS est une école, pour ceux qui l'ignorent, qui prépare au professorat d'éducation physique. Les épreuves sont éliminatoires, c'est dire à quel point il faut être performant en tout. Toutes les épreuves sportives sont demandées : course, saut en hauteur et longueur, lancer de poids, grimper de corde et 100 mètres de natation. Il me fallut donc en très peu de temps me remettre à niveau.
Un matin, alors que nous étions à dix jours du concours, une élongation me déchira la cuisse. L'entraînement intensif avait eu raison de mes muscles. Toutes mes performances se virent diminuées. Je me rendis tout de même à Alger le jour dit. Ma cuisse semblait indolore depuis deux jours, pourquoi pas ? Je n'eus pas de chance. Le 100 mètres qui débuta la journée raviva la douleur dans mes muscles froids. Faisant preuve de courage, je courus tant bien que mal jusqu'au bout mais mon temps fut jugé trop long. Il en fut de même pour le saut en hauteur. Les un mètre quarante qui dénotaient actuellement de ma bonne performance se virent ramener péniblement à 90 centimètres. Quant au reste, ce fut tout aussi catastrophique. Devant de tels résultats, aucun espoir me fut permis. Quinze jours après, je reçus un courrier me remerciant de ma participation et soulignant un total de points trop faible pour une entrée au CREPS. Il ne me restait plus maintenant qu'à réussir au brevet élémentaire qui se déroulait vers la fin Juin.
Enfermée dans la petite pièce qui avait servi de chambre à mon frère et que mes parents avaient transformée en bureau, je me mis à réviser inlassablement pendant des heures et des heures mon programme. Je n’oubliai pas les paroles de mon père : instruction : porte de la liberté. Et puis le grand jour arriva. Confiante et bien préparée, je passai l’examen avec succès et obtenu ainsi mon premier diplôme.