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umpre
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Artiste peintre, comédienne, écrivain au service des enfants : Assos : UMPRE . Messagère
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20.11.2007
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05.07.2008
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LES LIVRES

UNE PORTE VERS LES ETOILES chapitre 21

Posté le 05.07.2008 par umpre
21

Troubles et Mariage


A la rentrée d'Octobre 1961, je me trouvais en poste à Blida. J'avais obtenu ma nomination, grâce, si on peut dire, à la maladie de mon père. J'avais une classe à cours double C.P, CE 1 de quarante élèves. La tâche était difficile mais je ne m'en sortais pas trop mal. Tous les matins donc, je partais à pied à mon travail. D'une part, parce que l'école ne se trouvait pas très loin de mon domicile, et d'autre part, parce que je n'avais pas pu racheter une autre voiture, vu que je payais encore la première.
Il m’arrivait souvent de ne pas rentrer chez moi après l’école. Cette nouvelle famille qui m’accueillait avec affection me réconciliait avec la vie parentale. J’allais donc souvent passer la nuit chez mon fiancé.
Un soir, une petite soirée à l’école fut organisée par mes collègues pour fêter la promotion de l’un d’entre-eux. Le salon de coiffure fermé, mon fiancé et moi retrouvâmes les fêtards. Au cours d'une conversation sensée et cohérente, G… se mit à sortir des inepties qui me mirent très mal à l’aise. Je fus grandement gênée, d'autant plus que quelques réflexions moqueuses arrivèrent à mes oreilles. Sentant une certaine hypocrisie dans le comportement de ceux que je croyais être mes amis, j'abrégeai la soirée et demandai à mon fiancé de rentrer.
L’esprit perturbé par ce qui venait de se passer, j’émis le désir de rentrer chez moi.
Je m’endormis ce soir là avec grandes difficultés. Des questions tournaient dans ma tête. Pourquoi étais-je avec ce garçon ? N’avais-je pas voulu trop vite tourner une page avec mon premier chagrin d’amour ? Que m'amenait-il ? Nous n'avions aucun centre d'intérêt commun. Était-ce la gentillesse de ses parents et le manque d’affection des miens qui me poussaient à continuer ? Non, je ne pouvais pas engager ma vie sur ces critères. Je devais arrêter avant qu'il ne soit trop tard. Ce que je ressentais, n’était pas de l’amour. Je l'aimais bien mais pas assez pour en faire mon mari, les événements de cette soirée me le prouvaient.

Le lendemain, ma mère vint me réveiller.
– Maman ! Je ne veux plus me marier, lui dis-je .
–Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?

–Maman, je ne veux plus me marier, je ne l'aime pas ! Je me suis trompée. Ce que j’éprouve pour lui n’est que de l’affection.

- Comment, tu ne veux plus te marier, répétait-elle en colère, nous avons fait les fiançailles, il t'a offert la bague ! (elle jeta un rapide coup d’oeil sur mon doigt, et soulagée elle me dit d’un ton qui ne demandait aucune répartie) Tu te marieras.

–Mais je ne l'aime pas, maman, je ne l'aime pas !
–Tu avais qu'à t'en rendre compte plus tôt, maintenant c'est trop tard.

La discussion fut close. Je me levai, m'habillai et partis à l'école une grande tristesse dans le coeur.
Qu'allais-je faire de ma vie ?










--

UNE PORTE VERS LES ETOILES chapitre 20

Posté le 04.07.2008 par umpre
20

Nous étions presque à la fin des vacances quand on me fit part d’un concert de musique. Les Chaussettes noires, dont Eddy Mitchel peu connu en ce temps là faisait partie, venaient se produire à Alger dans un stade aménagé pour l'occasion en espace-fêtes. Après consultation de tous mes amis, nous décidâmes de nous y rendre.
Nous partîmes donc le samedi vers 18 heures. Le concert étant prévu pour 21 H cela nous laissait le temps de faire un tour sur le stade où une fête foraine se déroulait. Les alentours étaient noyés de monde. Nous eûmes une grosse difficulté à nous garer. Il faut croire que les Chaussettes noires étaient déjà connues des algérois car beaucoup de villages environnants s'étaient déplacés. Beaucoup, de jeunesse était là. Je pense que nous ne mesurions pas trop l'insécurité du moment. A découverts comme nous l'étions, nous aurions pu être victimes des fellagas qui sévissaient dans le département. Ah, jeunesse insouciante !

A 21 heures précises, sur un podium installé pour l'événement, nous vîmes entrés cinq garçons munis de guitares et batterie s. L'un d'entre eux, le chanteur, se fit très vite remarqué par sa chevelure rousse et ébouriffé. Il s'agissait bien sûr d'Eddy le rockeur. Je n'ai jamais été attirée par tous ces groupes, je leur ai toujours préféré les chanteurs de charme. Il faut croire qu'en ce qui concerne la musique, je suis restée assez romantique. J'ai tout de même ce soir là fait comme tout le monde, j'ai crié et applaudi. Ambiance oblige !

Quand le concert fut terminé, tout le monde se dirigea vers la piste de danse où un bal fut mis en place. Quand je dis piste c'est beaucoup dire, car en fait nous dansions sur la terre battue, ce qui provoquait des nuages de poussière très dense. Incommodée par cet air qui devenait irrespirable, je rejoignis mes amies sur la touche. Alors que nous chahutions comme de joyeux lurons, un groupe de garçons s'approcha de nous. Les uns reconnaissant les autres, notre cercle s'agrandit. Ils étaient eux-aussi de Blida et s'étaient déplacés pour l'occasion. Formant très vite des couples, ils partirent danser, me laissant seule avec l'un d'eux. Nous nous mîmes alors à parler mais, afin d'éviter les soulèvements de poussière qui ne manquaient pas de nous recouvrir à chaque passage de danseurs, nous nous dirigeâmes vers la fête foraine où l'air semblait plus sain.

Entre berlingots, beignets et barbes à papa, nous fîmes plus amples connaissance. C'était un garçon de trois ans mon aîné, grand, mince, avec un visage très fin comme je les aimais. Il était coiffeur et travaillait avec sa mère dans un salon dont elle était patronne. Il ne se montrait pas trop bavard. Nous marchions quelquefois pendant des quarts d'heure entiers sans qu'il ne décroche une parole. Heureusement que je meublais les silences ! J'ai toujours aimé bavarder, raconter ma vie, mes joies, mes déboires aussi ai-je entamé ce soir-là des récits sans fin. Cela ne semblait pas lui déplaire, toujours est-il qu'à la fin de la soirée, il savait pratiquement tout de moi et moi, rien de lui.

Nous nous revîmes de nombreuses fois dans les jours qui suivirent. C'était un garçon gentil, très enfant, sans responsabilité et ceci, il le devait en partie à sa mère qui le couvait comme un poussin. Ayant raté ses études, elle l'avait plongé dans la coiffure sans lui demander son avis. Il voulait devenir mécanicien, c'est dire comme ce fut dur pour lui de s'orienter vers les frisettes. Tenace et entêtée, elle lui fit travailler son C.A.P. puis son B.P. Mais d'une façon tellement personnelle, qu'il en perdit toute créativité. Il ne savait faire que, ce que sa mère lui avait appris.
Il n'avait jamais connu de filles avant moi, c'est dire comme il se montrait timide dans les moments de tendresse. Ses parents comme les miens du reste, ne l'avaient jamais éduqué, aussi, je devais, devant tant de lacunes, agir en femme-maîtresse. Ils étaient très fiers que leur fils ait trouvé une enseignante comme femme, aussi se montraient-ils très avenants à mon sujet. Ils m'invitaient souvent chez eux et m'entouraient de beaucoup d'affection. Je pris l'habitude très vite de m'y rendre souvent. La chaleur d'un foyer était tellement un fait nouveau pour moi que je gouttais très fort à toutes ces gentillesses. Ai-je été plus attirée par la famille que par le fils lui-même ? Je pense que ce couple qui m'ouvrait les bras et me gâtait déjà comme leur fille fut cause de mon attachement.

Le 20 Octobre 1961, mon ami fêtait ses 23 ans. Pour l’occasion, j’avais commandé une gourmette en or et devais la retirer ce même jour, après gravure. J’étais toujours en poste à Chataigneau. Il me fallait donc rejoindre la bijouterie avant la fermeture. Je sortis donc de l’école et pris la route nationale vers Blida. A la hauteur de Boufarik, alors que je roulais tranquillement à 90 km à l’heure, une mercèdes me doubla et vint se placer à quelques mètres devant moi. Je suivis donc la voiture pendant quelques kilomètres. Mais les occupants, bavardant entre eux, le chauffeur réduisait ou augmentait sa vitesse au gré de leurs conversations, ce qui m’obligeait quelquefois à donner de brusques coups de frein. Profitant d’un de leur ralentissement, je mis mon clignoteur et déboitai. Alors que je me rabattais pour reprendre ma droite, la grosse voiture reprit de la vitesse et vivement me redoubla. Puis, ne prenant aucune précaution, freina. Enervée par ses agissements, je remis mon clignoteur et refis un dépassement. A ce moment, le conducteur qui certainement prit mon entêtement pour un jeu, accéléra, me doubla à nouveau et faisant crisser ses pneus se rabattit devant moi, en belle queue de poisson. Affolée, je freinai brusquement, ma voiture tangua… et… plus rien… le noir.
Quand je revins à moi, j’étais dans ma voiture, la tête contre la vitre qui touchait le sol. J’entendais vaguement des cris autour de moi. Des mains essayaient de remettre sur roues mon véhicule. Après quelques « Allez ! Allez ! que je crus entendre, ma tête frappa à nouveau une vitre et … plus rien. Quand je repris doucement connaissance, j’étais dans une voiture, allongée prés d’un chauffeur et je hurlais à chaque virage : « Ne tournez pas, ne tournez pas ! »En fait à chaque virage je sentais comme un couteau qui traversait ma gorge provoquant d’horribles souffrances.
« Pardon mademoiselle me disait-il, mais je suis obligé de suivre la route. Vous avez eu un accident, et je vous amène à l’hôpital. » Trois tonneaux arrêtés par un platane, voilà ce que la queue de poisson de la mercédès avait provoqués, ainsi que la clavicule cassée à l’épaule droite. Mon Dieu, comme j’avais eu de la chance !

Comme en ce temps là, mes finances étaient au plus justes, je n’avais contracté qu’une assurance au tiers. Il me fallait donc retrouver l’auteur de cet accident afin de prétendre à une indemnisation. Donnant quelques éléments à mon frère, il se mit à faire des recherches. Une mercédes à Boufarik fut vite trouvée mais le conducteur de mauvaise foi ne voulut pas reconnaître les faits. Non assistance en personne en danger lui aurait coûté bien cher ! Aucun remboursement ne put donc m’être alloué. Ma voiture partit à la casse et je dus m’arrêter pendant un mois.
Au terme de ce congé, je me rendis à l’hôpital pour retirer la broche. Le médecin qui m’avait opéré, se munit alors d’une sorte de pince et me demanda de respirer bien fort. Il attrapa alors le bout de la broche qui sortait de mon épaule et tira. Une vive douleur s’empara de tout mon corps, mais rien ne sorti. Voyant qu’il s’apprêtait à recommencer, je lui demandai de me pratiquer une petite anesthésie. « Vous allez prendre du temps à vous réveiller, me dit –il. » « Donnez moi une bonne gifle après, cela me réveillera, lui répondis-je. » C’est ce qu’il fit. Je restai tout de même groguie. Mon ami qui m’avait amenée à l’hôpital me ramena chez moi complètement « shootée ». Enfin, je pense que c’est dans cet état que l’on doit se trouver après avoir pris de la drogue !
N’ayant plus de voiture, je dus me lever très tôt chaque matin afin de prendre le train.

Durant ma période de convalescence, on célébra mes fiançailles. Je reçus un très beau brillant offert par mon futur mari mais payé par ma belle-mère, vu que c’est elle qui détenait les cordons de la bourse.

UNE PORTE VERS LES ETOILES chapitre 19

Posté le 03.07.2008 par umpre
19


Un bel été



Nous étions en Juin 1961, depuis un mois déjà j'avais fêté mes vingt-ans. Quelle avait été ma vie jusqu'ici ?
En ce qui concerne mon affectif, rien d'extraordinaire. Après une enfance de fille battue et rejetée, j'avais passé les plus belles années de mon adolescence à attendre un garçon que je croyais m'être destiné. Trois longues années, j'avais refusé bals, surprise-partie, sorties, pour lui être fidèle et ne pas lui déplaire. Pour le deuxième ? J'avais agi de même, toujours cette honnêteté en moi qui faisait que je refusais d'éventuelles rencontres pour garder ma fidélité. Naïve, croyant les autres à mon image, je m'étais laissé berner de nombreuses fois. Alors en ce début d'été, une frénésie s'empara de moi, une envie de rattraper le temps perdu, une envie de vivre ! Vivre ! Vivre intensément.

Dès les premiers jours de Juillet, je me mis « en chasse », je sais le mot n'est pas très joli, mais c'est pourtant ce que je fis. Je ne perdais aucune occasion de sortir, aucune occasion de flirter, mais je m'étais donné pour ligne de conduite de ne pas tomber amoureuse. Plus s'attacher, plus souffrir.
C'est ainsi que je fis la connaissance de Henri. Grand, brun, belle allure, je ne recherchais plus que la beauté. Autant allier l'utile à l'agréable. Si j'avais été en 2005, j'aurais dit comme les filles de notre siècle, on se sert du kleenex et on jette. C'était un peu ça. Je crois que je me vengeais.

Après Henri, qui dura très peu de temps, je fis la connaissance de Laurent. Très, très beau garçon, des yeux bleus magnifiques, un teint hâlé, une belle prestance et belle intelligence ! Mais voilà, je n'étais pas la seule à frétiller autour du poisson, alors abandonnant très vite la compétition, je passai à Michel. Pour lui, cela se passa différemment. De taille moyenne, bien bronzé, les yeux bleus, c'est lui qui me harponna si je puis m'exprimer ainsi. Alors que je buvais un jus de fruit autour d'une table où je passais la soirée, il s'approcha de moi et me complimenta sur ma toilette. Il faut dire que ce soir là, je portais une robe fourreau de velours noir qui mettait mes formes en valeur. Nous sympathisâmes assez vite. Il était originaire de France, officier-médecin dans l'armée des parachutistes bérets rouges. Il faisait donc son service militaire.
Après cette soirée où nous dansâmes beaucoup ensemble, nous décidâmes de nous revoir. Nous nous retrouvions donc tous les soirs après sa journée sur le boulevard des orangers de Blida, et là nous nous installions à la terrasse d'un café et dégustions de bonnes glaces.
Un soir, il arriva avec son capitaine, un militaire de carrière très sympathique. Un courant d'amitié passa très vite entre nous deux. C'était un homme marié avec deux enfants. Il attendait avec impatience la venue de sa famille qui était restée en France, et avait décidé de le rejoindre. Nous fîmes avec mes amies Jeanine, Francine et Jocelyne une bande de bons copains. Nous allions à la plage ensemble, faisions des pique-nique, passions des soirées agréables.

Un jour, ils nous donnèrent rendez-vous devant la caserne. Prétextant que leur voiture était en panne, ils nous demandèrent de venir les chercher. Je pris donc avec moi Francine et nous partîmes sur la route de Joinsville où se trouvait la caserne. Arrivées à environ un kilomètre de celle-ci nous dûmes nous arrêter à un barrage. Des parachutistes étaient postés et vérifiaient identités et contenus des coffres. « Bonsoir Mesdemoiselles, nous dirent-ils, pouvez-vous descendre de votre véhicule ? » On s'exécuta. Prétextant qu'il ne voyait pas trop, ils nous amenèrent sous la lueur des phares afin de bien lire nos cartes d'identité. Alors que tout semblait en règle, l'un d'eux me dit : » Pouvez-vous ouvrir votre coffre ? » Bien tranquille de ne rien y avoir dedans, je me mis à plaisanter. J'ouvre donc sereine le coffre. Quelle ne fut pas ma surprise d'y trouver tout un arsenal de fusils et de grenades !
- Mais qu'est-ce que c'est que ça ? M'écriais-je

–C'est à vous de nous l'expliquer, me dirent-ils. Ils étaient tous regroupés autour de la voiture et commençaient à parler entre eux.

–Mais je vous assure que j'ignore qui m'a mis tout cela dans la voiture ! D'ailleurs je connais un capitaine qui vous assurera de ma bonne foi!

– Quel est son nom ?

–Capitaine L... B...

-Connais pas mademoiselle. Puis frisant l’impatience il nous dit : « Bon et maintenant ça suffit, vous allez ranger votre voiture sur le côté et nous suivre.

Mon amie Francine se mit alors à piquer une crise de démence.
Voyant que leur petit jeu allait trop loin, ils se mirent tous à rire, et nous vîmes sortir de l'ombre nonchalamment nos deux amis : médecin et capitaine.

–Et bien, vous en avez mis du temps ? Nous dirent-ils l’air innocent.

Francine encore sous le coup de la peur, se mit à frapper tout ce qui se trouvait près d'elle. Nous dûmes la maîtriser afin qu'elle ne fasse pas trop de dégâts. Quelle histoire ! En fait ils avaient profité pendant que nous présentions nos papiers, de remplir le coffre avec leurs armes, déchargées bien sûr.
Quel souvenir !
Nous en reparlâmes bien bien longtemps.

Mes parents à qui nous avions raconté l'aventure, voulurent connaître les deux lascars. Ma mère les invita donc à la maison ainsi que toutes mes amies. Le repas se passa dans une ambiance délirante. Ils nous racontèrent tour à tour toutes leurs anecdotes militaires.

Au milieu de l'été, Michel dut rejoindre une caserne à Alger. N'ayant pas de véhicule, je me déplaçais donc pour aller le voir. Souvent quand j'arrivais, il était autour de la piscine en très bonne compagnie. Je compris vite cette fois que l'histoire ne tarderait pas à prendre fin, aussi je pris les devants et lui fis part de mes difficultés à venir le voir pendant mon année scolaire. Il comprit. Le chapitre fut clos. Je sortis en toute amitié avec le capitaine L..B. Sa femme et ses enfants arrivèrent pour la rentrée, nos entrevues s'estompèrent.






UNE PORTE VERS LES ETOILES

Posté le 02.07.2008 par umpre
Bonjour mes amis. Avant de vous passer mon 18 ème chapitre, je tiens à vous dire un grand merci pour votre assiduité. C'est fait ! Nous avons passé la barre des 4000. Que de joie pour moi !
Hier nous avons joué notre pièce "La chaumière des divorcés" comme vous savez ce blog ne peut recevoir de photos, mais si vous tenez à prendre connaissance de notre spectacle, rendez vous sur http://djydjy.vip-blog.com rubrique spectacle.
Je ne vous fais plus patienter, voici la suite de ma vie. Bonne lecture à tous.



18

Une destinée peu ordinaire


La fin de l'année scolaire approchait maintenant à grands pas. J'avais formulé des voeux de mutation car les trajets s'avéraient fatigants et onéreux. Je voulais me rapprocher de Blida et pourquoi ne pas obtenir un poste dans la ville !

Tous les quinze jours, mon ami d'Orléansville venait me rendre visite. Nous passions le dimanche ensemble puis il repartait. Ce jour-là, jour d'école, je le trouvai devant la grille à la sortie de midi. Il semblait très embarrassé. Après m'être étonnée de sa présence, il me demanda si on ne pouvait pas aller quelque part pour parler. Si tu veux lui dis-je, je ferme ma classe et j'arrive.

Je montai dans sa voiture et nous sortîmes du quartier. Après avoir fait quelques kilomètres, il stoppa la voiture sur le bord de la chaussée. Je notai bien son air sérieux mais, ne pouvant imaginer à l'avance ce qui allait suivre, selon mon habitude, je commençai à lui raconter mon week-end avec Fathia. Il semblait ne porter aucun intérêt à mes babillages. Il avait en lui une sorte d'impatience difficile à cacher. J'arrêtai donc mon récit et le regardai dans les yeux. « Alors, qu'as-tu à me dire de si important ? »
« Ce n'est pas simple me dit-il, je vais te faire de la peine et je ne le voudrais pas. C'est une situation que tu as déjà vécue. » Mon front se plissa et mes yeux se rétrécirent. Laisse-moi t’expliquer me dit-il. Et il commença hésitant son récit : « Tu sais, cette fille avec laquelle j'étais quand nous nous sommes rencontrés ! Oui, dis-je sans me douter une seconde de la suite, « je n'ai pas pu m'en défaire. Elle m'aime beaucoup, et de rajouter, certainement autant que toi, mais... nous...il hachait ses mots, ne sachant comment sortir la chose, puis, comme pour se justifier, il continua : « nous, on ne se voit guère que le week-end, tu comprends… et elle… elle vient m'attendre tous les jours à la pharmacie. Oui, je comprends, dis-je. Et alors ? Je sentais une certaine angoisse monter en moi mais m’abstenais de lui montrer. Voilà, continue-t-il … et sans plus hésiter, dans une expiration, il lâcha le morceau : « je dois me marier, elle attend un enfant. » Est-ce la cocasserie de la situation ou mes nerfs qui lâchèrent, je fus prise soudain d'un fou-rire interminable, je riais, riais, riais sans pouvoir m’arrêter. Eberlué, et surpris de ma réaction, il me regarda et me dit presque vexé : « Je ne pensais pas que tu allais le prendre aussi bien? »
Et comment veux-tu que je le prenne ? Lui rétorquai-je, les yeux pleins de larmes du rire qui m’envahissait. Tu ne trouves pas la situation comique ? Deux fois que cela m'arrive, je commence à en prendre l'habitude !
Mon fou-rire se calmant petit à petit, je le regardai et lui lançai : « Tu ne veux pas que je sois ton témoin ? »
Cela ne te fait donc rien ? Me demanda-t-il. Mais c’est qu’il aurait presque regretté de ne pas me voir me jeter à ses pieds pour le supplier ! Le goujat.
Rien ! Lui dis-je, fièrement. Tu as raison, loin des yeux, loin du cœur. Marie-toi et sois heureux. Tu ne dois pas être sur mon chemin de vie. Je crois que ma réponse le déçut. Il s'attendait certainement à de grandes lamentations. Et bien non, cette fois, je tirai le rideau, un autre acte commençait.
Soulagé de s’en être tiré à si bon compte, Il m'invita alors à déjeuner, l’air presque jovial. Mais je déclinai l'invitation. On fêtera ça un peu plus tard ! Lui dis-je en ironisant. Et sans plus attendre une quelconque parole, je lui demandai de me raccompagner à l'école, j'avais des cahiers à corriger qui m’attendaient. Il ne se le fit pas répéter deux fois. Nous reprîmes le chemin en sens inverse et après de rapides adieux, je vis sa voiture s’éloigner. Dernière image d’une histoire terminée.
Je repensai alors à notre conversation, mais sans tristesse, je devais certainement moi aussi m'être détachée de lui sans m’en rendre compte. Mais tout de même, il faut le faire ! Deux fois de suite… à quand la troisième ?

Ce jour-là un certain fatalisme prit naissance en moi. Je commençai à croire à la destinée et à ce que l'on disait chez mes amis algériens: « Mektoub (c’est écrit) ». Une croyance en Dieu, bien plus forte vint alors m'habiter. Est-ce Lui qui élaguait les mauvaises branches de mon chemin ? J’ai repris le cours ma vie, pleine d’énergie et d’espérance

UNE PORTE VERS LES ETOILES

Posté le 01.07.2008 par umpre
17

Le stage prit fin en juin 1960. Je reçus ma nouvelle nomination pour Octobre. J'étais nommée près d'Alger, dans un quartier de Maison Carrée, au lieu dit Châtaigneau. Une nouvelle vie s'annonçait. Je repris possession de ma chambre chez mes parents. Ils m'avancèrent l'argent pour acheter une voiture, ce qui me permit d'avoir pas mal de liberté.
Tous les matins donc, après avoir parcouru cinquante kilomètres, je rejoignais mon école. Elle était située en haut d'une colline au milieu d'une cité d'H.L.M. De nombreux algériens y habitaient et avec eux de nombreux fellagas qui s'y cachaient. Les fellagas étaient des résistants musulmans qui aidaient à la libération de l'Algérie. Leur présence était loin d'être pour nous sécurisante, aussi au milieu de l'année, nous vîmes arrivés dans notre école une compagnie de parachutistes qui prirent possession de quelques classes afin d'établir un point de contrôle. Ils faisaient des rondes dans le quartier et vérifiaient l'identité de chacun. Ces sorties impromptues gênant le retour des fellagas dans leur foyer, nous nous mîmes à entendre, certains après-midi, les you-you des femmes musulmanes qui les avertissaient du danger.

A midi, je mangeais avec une collègue, un repas sorti du sac. Puis en attendant la rentrée de l'après-midi, les soldats parachutistes venaient nous tenir compagnie. Nous bavardions de choses et d'autres, de leurs fiancées laissées en France qui leur manquaient et nous, de notre Algérie qu'on voulait garder française.

J'avais une classe de cours élémentaire deuxième année qui me donnait assez de satisfaction. Les élèves étaient sages, respectueux et travailleurs. Parmi eux, se trouvait une petite élève très attendrissante. Elle avait un visage de poupée garni de cheveux noirs et luisants, de jolis yeux légèrement bridés, un petit nez droit et une bouche bien dessinée. La maman qui devait avoir du mal à joindre les deux bouts à cause de ses nombreux enfants, l'habillait de façon hétéroclite. Tantôt trop ample, tantôt trop étriqué. Rien dans tous les vêtements qu'elle portait, ne venait flatter sa beauté juvénile. Souvent, alors qu'elle travaillait, penchée sur son cahier, je l'observais longuement et l'imaginais vêtue en petite fille modèle. Aussi un jour, alors que cette image me hantait, je décidai de l'amener un week-end chez moi et de l'habiller. Je savais coudre, cela me serait aisé. Je demandai donc la permission à ses parents de la prendre en week end chez moi, chose qu'ils m'accordèrent sans hésiter. Ayant fait part aux miens de mon intention, le samedi suivant, je pris ma petite élève, et rentrai à Blida.
Durant le voyage qui se passa sans aucun souci, je lui expliquais, qu'ayant une seule chambre chez mes parents, elle dormirait avec moi. Oui, la petite pièce qu'occupait mon frère avait été transformée en salle de bain. Cela ne sembla pas la gêner, bien au contraire.
Nous arrivâmes donc ce soir là vers les 17 heures, nous étions au mois de Mai et les journées traînaient en longueur. Après de rapides présentations et prise de contact, nous partîmes à la recherche du tissu avec lequel je devais lui confectionner une robe. Nous fîmes quelques magasins, déplièrent quelques tissus, puis on opta pour un bleu-marine à pois blancs. Je fis aussi couper un morceau de dentelle, car j'avais déjà ma petite idée. Sortie du magasin de tissus, nous entrâmes chez un marchand de chaussures. Là elle choisit une paire de mignonnes petites chaussures noires vernis à barrettes. Avant de fermer la boite, je demandai au vendeur d'y ajouter une paire de socquettes blanches. La tenue étant au complet nous reprîmes le chemin de la maison.

J'avais appris à coudre à l'âge de onze ans, d'abord avec Madame Texeire au lycée, puis avec ma soeur. Ayant de grandes dispositions pour la couture, elle avait un peu parfait mes modestes acquisitions. C'est donc avec confiance, que je me mis à tailler la robe de Fathia. Pendant que je commençai l'assemblage, mes parents la questionnèrent sur sa vie à l'école, comme on fait avec tous les enfants. Elle se montrait timide et réservée. Quand elle parlait, on ne voyait ni ses yeux ni sa bouche tant son menton plongeait dans sa poitrine.
Vers les vingt heures, on se mit à table. Elle se servait beaucoup de ses mains pour manger et semblait de pas trop connaître l'usage du couteau et de la fourchette, mais je ne lui fis pas de remarque, je voulais qu'elle se sente bien. Après souper, elle prit une douche. Je lavai aussi ses longs cheveux et les séchai. C'était comme si je jouais à la poupée, moi qui avais eu horreur de cela tout au long de mon enfance, là, avec une poupée bien vivante, je me régalai. L'ayant mise au lit en lui souhaitant le bonsoir, je retournai à ma couture. Il n'était pas question que je me couche avant d'avoir terminé la robe. Les finitions comme toujours furent un peu longues, mais vers onze du soir, je mettais la robe repassée sur un cintre.
Je me souviens d'un soir où j'étais aussi entrée de l'école très vite pour aller acheter du coton bleu-ciel et me faire une robe. J'avais cousu jusqu'à deux heures du matin et le lendemain, j'étais partie en classe la robe sur le dos. Je suis comme cela, toujours pressée. Quand je commence quelque chose, je n'aime pas que cela traîne. Oh je ne dis pas que quelquefois cela ne me fait pas faire de bêtises ! Mais je suis seule à en subir les conséquences, alors !

Quand nous nous réveillâmes Fathia et moi le lendemain, c'était Dimanche. Une journée magnifique s'annonçait. Ma mère avait préparé des beignets, de bons beignets faits avec de la levure de boulanger, une recette que ma grand-mère lui avait laissé en héritage. C'est elle aussi qui lors des fêtes de Noël préparait de grandes bassines de pâte qu'elle faisait monter près de la cheminée, et le lendemain, alors que tout le monde dormait encore, elle se mettait à cuire ces beignets. Ils dégageaient une si bonne odeur dans la maison que nous n'hésitions pas à nous lever pour venir les déguster. Donc ce dimanche-là, après une nuit sereine, nous prîmes notre petit déjeuner: un grand bol de lait avec multiples beignets. Fathia les aima beaucoup et se régala. Quand lait et beignets furent engloutis, j'amenai ma petite élève faire un brin de toilette. Je démêlai ses cheveux, lui fis une belle natte, et l'habillai. Les chaussettes et les chaussures mises, je la présentai devant le miroir de la chambre de mes parents. Son visage rayonna, c'était un bonheur pour moi de la voir si heureuse. Elle touchait la dentelle de son col, tournait en tous sens pour faire voler sa robe, et elle riait, riait. J'étais à côté d'elle comme une petite fée, j'étais très très heureuse moi aussi. Dans ma vie, j'ai souvent fait plaisir, mais ce jour-là restera toujours gravé en moi. Mon coeur s'ouvrait à cette grande générosité qui n'allait plus me quitter. Mon Père du ciel me l'avait-il enseignée ? Resurgissait-elle-en moi ?








UNE PORTE VERS LES ETOILES chapitre 16

Posté le 30.06.2008 par umpre
17

Orléansville


Au milieu de l'année suivante, comme tous les enseignants entrés sans formation, l'Académie d'Orléansville m'envoya suivre un stage de six mois . Je fus donc pensionnaire d'un établissement qui comptait une cinquantaine de filles. Tous les matins, nous suivions des cours théoriques avec des professeurs certifiés puis l’après-midi, nous rejoignions des classes afin de suivre un cours pratique. Installées deux par deux au fond des classes, nous prenions des notes tout en suivant les leçons de l’institutrice. A la récréation, nous nous mélangions aux enseignants et recevions quelques conseils : fruits de leurs expériences.

Le soir, après cette journée d’études, nous nous retrouvions toutes dans le dortoir à bavarder. On s'entretenait sur les apports de chacune et rêvions déjà de nos futures classes. Chaque jour, à midi, on se rendait dans un petit restaurant qui accueillait tous les stagiaires de notre promotion. Nous dégustions là, des omelettes délicieuses. Il faut dire que c'était le mets le moins onéreux. Nous touchions notre paye d'enseignante, mais il fallait tout de même faire très attention. A Orléansville, il y avait de très belles boutiques de vêtements et sous-vêtements qui ne nous laissaient pas indifférentes, aussi après quelques petites folies, les omelettes comblaient les trous de notre budget.

Au cours de ce stage, je fis la connaissance d'un garçon de dix ans mon aîné. Il travaillait dans la pharmacie de son père comme vendeur. Je l'avais rencontré lors d'une soirée dansante dans laquelle nous avions été invités quelques stagiaires et moi.
Quels souvenirs m’a-t-il laissés ?
Je me souviens d’un garçon très grand et très maigre, un peu l'allure de Phillipe Clai, à la seule différence qu'il était blond. Qu'est- ce qu'il m'a vraiment attiré chez cet homme ? Je ne saurais le dire. Sa situation ? Certainement pas. Sa beauté ? A part ses yeux bleus qui semblaient toujours scruter le fond de votre âme, je ne vois rien d'autre. Non, je crois que seuls ses trente ans me fascinaient. Je devais certainement chercher la sécurité au fond de moi, ou peut-être comme dirait un psychiatre, l'amour d'un père. Toujours est-il, qu'après quelques sorties pendant lesquelles nous fîmes plus amples connaissance, je devins sa petite amie attitrée. Que je croyais ! En effet, si certains jours il se montrait enjoué et amoureux, à d’autres moments, je le sentais préoccupé. Et puis, un soir, alors qu'il avait décliné mon invitation, je l'aperçus au bras d'une autre fille. « Une fille sans importance, me dit-il le lendemain. Elle s'accroche à moi, et je suis en train de l'aider à accepter l'évidence. Je ne l'aime plus. »Pourquoi ai-je encore été aussi naïve ce jour-là ? Pourquoi l'ai-je cru ? Il y a des jours comme cela, où notre conscient nous fait défaut. Je continuai donc à le voir et à accepter les jours avec et les jours sans.

Mon père ayant été victime d'un second infarctus, se retrouva paralysé. Je pris donc l’habitude de rejoindre Blida tous les week-ends afin d'aller lui rendre visite. Un jour alors que j'arrivais chez moi, ma mère qui ignorait tout de ma vie à Orléansville, me tendit une lettre en m'expliquant qu'elle l'avait trouvée dans la boîte la veille. Il faut ici rajouter que ma belle-sœur lui avait appris à lire et écrire.
Sur une feuille blanche, des lettres découpées dans des journaux formaient un tissu d'insanités sur mon compte. Des injures que je reconnus pour faire partie de son vocabulaire m'orientèrent très vite sur l'auteur de cette lettre. Moi qui essayais d’établir des relations normales qui n’avaient jamais existées jusqu’ici, cet acte sournois me fit mesurer à quel point ma mère tenait à me persécuter et m’humilier. Ecœurée par tant de bassesses, je jetai la lettre sur la table, la foudroyai d’un regard haineux et sortis en claquant la porte. Encore une fois elle se délectait de ma souffrance. Mais pourquoi tant de méchancetés ? Que lui avais-je fait pour être ainsi traitée ?

Cachant ma peine au plus profond de moi, je retrouvai sur le boulevard où je l’avais laissé mon ami qui m’avait accompagnée dans ce voyage. Abandonnant le projet de le présenter à mes parents vu la réception qui m’avait été faite, nous partîmes passer la journée à Alger où des amis nous attendaient. Nous avions décidé de suivre quelques courses de chevaux à l’hippodrome afin de nous faire quelques sous si la chance était avec nous. Mais bien que les courses furent de grandes qualités, la chance ne fut pas au rendez-vous. Alors, pour nous guérir de cette frustration, nous partîmes finir notre soirée dans un beau restaurant appelé « La Baie d’Along ».
Cette soirée fut magnifique. Rien ne manquait au tableau. Le ciel était couvert d'étoiles, une brise légère soufflait, les petites vagues qui venaient mourir sur le sable encore chaud, brillaient d'une couleur argentée sous la lumière des nombreuses lampes qui garnissaient les tables des clients, la vaisselle, en porcelaine fine et transparente était décorée de sujets bleus et or qui enchantaient nos yeux. Tout ce décor sublime me fit pour un temps oublier la bassesse de ma mère. Le repas terminé, nous dûmes bien à regret reprendre la route du retour.

Nous arrivâmes à Blida tard dans la nuit. Je rejoignis ma chambre dans laquelle j'eus beaucoup de mal à trouver le sommeil. Tout se mêlait dans ma tête. La rancœur et le bonheur jouaient à cache-cache. De temps en temps, des sanglots venaient me secouer. N'était-elle pas contente de ma visite ? Maintenant que j'avais atteint l'âge adulte, et que mon père ne me battait plus, pourquoi venait-elle me faire du mal, me culpabiliser ? N'avais-je pas le droit d'aimer ?

Le lendemain, bien que je n'eus pas le coeur joyeux, je fis bonne mine pour mon père. Il était étendu sur son lit, (ce même lit au pied duquel il m'avait attachée et battue dans le temps), le côté droit paralysé, il ne parlait pas, mais me regardait intensément. Après quelques instants pendant lesquels j'essayai de lui redonner confiance, deux larmes coulèrent sur sa joue. Cela me toucha profondément, il n'était pas arrivé à tuer en moi toute sensibilité, Dieu merci.


UNE PORTE VERS LES ETOILES chapitre 16

Posté le 29.06.2008 par umpre
16



En Février, je fus nommée dans le même village où mon frère et ma belle-sœur enseignaient. Ce fut pour moi une très grande chance. Ils habitaient un grand appartement au-dessus de l'école, aussi n'eurent-ils aucune difficulté à me loger. J'eus cette année-là un cours d'initiation. Une trentaine de petites filles que je devais amener à la lecture courante ainsi qu'à la maîtrise de la langue française puisque bon nombre d'entre-elles ne parlait pas français.
Mon frère et ma belle-sœur m'aidaient chaque soir à rédiger mes fiches de préparation. Ayant déjà une forte expérience, ils m'indiquaient de quelle façon je devais procéder avec mes élèves. J'avais mes professeurs à domicile. Je travaillais dans une petite école à deux classes dont le directeur était un jeune algérien. Nous nous entendions très bien et échangions souvent nos petits tracas scolaires.

Mes élèves arrivaient le matin de l'autre côté d'un oued où se trouvait leur demeure. C'étaient souvent des baraques très simples où le strict minimum était installé. La cuisine se faisait dehors au feu de bois sur lequel des marmites en terre étaient posées. Pas d'eau à proximité, il fallait aller chercher l'eau au puits qui se trouvait souvent bien éloigné de la maison. Leurs petits pieds, habitués à marcher nus, étaient tannés et souvent fendillés. Pour se rendre à l'école, elles se chaussaient de mules légères souvent très abîmées et trop grandes pour elle, ce qui les obligeait à marcher en trainant les pieds. Elles portaient des robes longues faites par leur maman, et tenaient leurs cheveux dans une queue de cheval enroulée soigneusement d'un ruban très serré, ce qui minimisait un peu les invasions de poux. Parfois aussi, souvent aux abords des fêtes musulmanes, elles arrivaient le matin avec leur henné sur la tête. Une grosse croûte qui se durcissait, là, sur leurs têtes comme si elles portaient un béret .En classe, elles étaient plutôt sages et s'appliquaient à répéter les lignes de lecture avec un fort accent arabe. Pour les tables de multiplications, la table de deux évidemment, elles connaissaient souvent l'air mais pas les paroles. Je me suis beaucoup attachée à ces petites élèves car très souvent, faisant partie de grandes familles, elles manquaient totalement d'affection. A la récréation, alors qu'elles mordaient leur tranche de pain qu'elles avaient enfouie sous leur jupe tout au long de la classe, elles venaient près de moi comme de petits poussins et me lançaient des regards langoureux puis, un peu lassées par mon indifférence car je bavardais beaucoup avec mon collègue, elles partaient en courant à l'autre bout de la cour et s'amusaient entre-elles.

Le soir, la classe terminée, je reprenais le chemin de la maison, mon cartable chargé de cahiers. Là, après un goûter pris en compagnie de mon frère et sa femme, nous nous mettions tous trois au travail. Un travail aussi important que celui mené en classe.
Le jeudi, car en ce temps là, c’était le jour de congé, avec Cloclo, ma belle-sœur, nous faisions de gros gâteaux de semoule au caramel. On était très gourmandes, aussi les kilos ne tardèrent pas à se faire sentir, mais c’était trop bon pour y renoncer.
Les Attafs étaient un petit village sans distraction. Je me souviens qu’en bas de l'école où nous logions, il y avait un magasin de disques. Chaque mois, dès que je recevais le virement de mon traitement, je descendais faire un tour et là je dilapidais la moitié de ma paye dans l’achat de 33 tours de Cloclo, Jonnhy, Bécaud, Dalida, Sheila, Mike Brant. Toute cette musique, nous l’écoutions le week end, quelquefois entrecoupée par l’appel à la prière du muezzin de la mosquée qui se trouvait tout près de l’école.

Un samedi, veille de vacances, je décidai de rendre une visite surprise à mon « fiancé » basé à Relizane. Un sac et une petite valise préparés à la hâte, je pris le train à 10 heures du matin. Le trajet se fit dans un train bondé et surchauffé. Une heure et demie après, je posai les pieds sur le quai de la gare. Prenant quelques renseignements auprès des passants qui se trouvaient sur mon chemin, je me dirigeai vers la caserne où se trouvait mon ami. Quelques va et vient de la sentinelle du bureau des entrées et on m’indiqua l’endroit où je le retrouverai. Je fis demi-tour vers le village et me dirigeai vers la place indiquée. Sous une esplanade bien ombragé servant de parking, je reconnus sa voiture. Personne aux alentours. Je m'adressai donc au gardien du parking afin de savoir éventuellement où se trouvait le conducteur.
« Oui, Oui, me dit-il, l'homme est avec une femme à l'hôtel ! » Premier coup de massue. Mes yeux s’emplirent de larmes et ma joie m’abandonna. M’éloignant alors un peu, du gardien qui sans le savoir venait d’ouvrir une brèche dans mon cœur, j’errai pendant un moment sur cette place ne sachant trop que faire. Devais-je abandonner sans comprendre ? Devais-je accepter cette trahison et fuir comme une voleuse? Ma curiosité et mon besoin de connaître la vérité prenant le dessus, j'entrai dans le hall de l'hôtel et fis appeler mon « homme ». Bien entendu, le standardiste qui prit le téléphone, se contenta de dire : « On vous attend à la réception.» Quelques minutes s’écoulèrent et « mon tendre » apparut, lui, celui que je croyais être l'amour de ma vie. Encore les joues rouges du plaisir qu’il venait de se donner, il me regarda surpris et très gêné. Me prenant par le bras, il m'entraîna très vite à l'extérieur et bredouilla quelques mots d’excuse, en oubliant de m’embrasser. A quoi bon son baiser ? Puis dans un monologue qui se voulait convaincant, il entreprit des explications dans lesquelles je ne tardais pas à noter le tissu de mensonges qu’il voulait me faire avaler. Ce n’était qu’une femme de passage, une catin qui égayait sa vie de célibataire, une femme sans importance, disait-il. Ah, Pauvre homme, la vérité est tellement plus simple à dire ! Alors il s’y lança : « Oui, le pauvre ! La pauvre victime qui s’était laissé piéger par une femme de 10 ans son aîné et qui de surcroît portait maintenant son enfant. Et oui, il fallait réparer ! Il fallait maintenant se marier pour laver toute honte ! Comment pouvais-je ressentir encore en ces moments là de l’amour ? Son histoire me faisait très mal, mais mon cœur était encore à lui, je l’aimais. Alors dans un sursaut de « folie » parce qu’on est vraiment naïve à cet âge là, je lui proposai d’élever cet enfant. Quelle idiote ! En fait, j’avais perdue la raison, je ne savais plus ce que je disais ni quoi inventer pour le garder. Je lui avais sacrifié toute ma jeunesse, tous mes amis et là, en un mot, ma vie s’écroulait.
En reprenant le chemin de la gare car il n'était plus question de rester, je cherchais déjà dans ma petite cervelle de jeune fille amoureuse, le moyen de me sortir de ce cauchemar. L’idée me vint de me rendre chez ses parents à qui je n’avais jamais été présentée.
Le trajet fut interminable, mes larmes ne cessaient de couler. Comment pouvait-on se défaire d'un amour aussi vite ? Je lui écrivais tous les jours, de temps en temps, il venait me voir chez mon frère. Nous écoutions de la musique. Nous faisions de belles balades en voiture.
Il est vrai que ses visites s'étaient un peu espacées ces derniers temps et que sans vouloir m’en parler mon frère et ma belle-sœur le suspectaient de vouloir s’éloigner de moi .L’amour est bien aveugle !J’y croyais à toutes ses gardes de dernière minute ! Mais comment n’ai-je pas vu venir la rupture ?

Quand je parvins à Blida, à la tombée de la nuit, toujours mon sac et ma valise à la main, j'allai sonner chez ses parents. Encore un espoir fou que j’aurais du réfréner. Ils étaient chez eux, mais au deuxième coup de sonnette,quand sa mère me vit à travers la fenêtre, elle coupa l'électricité. Connaissait-elle déjà la nouvelle et voulait-elle éviter une discussion avec moi ? Je ne pus jamais lui parler. Ce fut la fin de ma première histoire amoureuse.

Après quinze jours pendant lesquels je versai des torrents de larmes, la douleur s'apaisa. Les vacances terminées, je repris le chemin des Attafs et de mon école.





UNE PORTE VERS LES ETOILES chapitre 15

Posté le 28.06.2008 par umpre
15

J’étais très heureuse de cette mutation d'autant plus que j'allais pouvoir rencontrer mon ami. Nous n'étions pas fiancés officiellement, mais pour moi c'était tout comme. Nous avions fait des projets de mariage et j'attendais impatiemment qu'il ait fini son service. Sa caserne se trouvait à Relizane, une petite ville à une centaine de kilomètres d'Orléanville ce qui me permettrait d’aller lui rendre visite de temps en temps.

Je pris donc le train le 5 Novembre 1959 vers mon avenir. Après un voyage long et pénible du à la lenteur des trains en ce temps là et à leur inconfort, j'arrivai dans la matinée à destination. Me frayant un passage au milieu d’une foule bigarrée et bruyante, je sortis de la gare et hélai quelques badauds afin de me renseigner sur l'adresse de la convocation. Après quelques difficultés d’échange de langage entre une vieille dame voilée et moi, je pris le chemin indiqué. Je tournais à droite puis à gauche et ne tardai pas à découvrir le bâtiment à l’aspect austère dont elle m’avait parlé, ainsi que l’ inscription « Académie » sur une grande plaque de pierre grise . J’entrepris l’ascension de quelques marches dont le temps et les passages avaient usé les bords puis poussant une lourde et haute porte je fis irruption dans un hall où quelques personnes semblaient attendre. A l’accueil, une employée s’enquit sur l’objet de ma visite. Examinant ma convocation, elle me pria d’aller m’asseoir dans la salle d’attente. Quelqu’un m’appellerait. C'était la première fois que je prenais ma vie en main. J'étais heureuse et faisais déjà des projets d'avenir.
Une porte s'ouvrit. Un monsieur rondouillard de petite taille m'accueillit gentiment, mais je notai au passage son air un peu gêné. Est-ce moi, qui le troublais autant ? Il me fit entrer dans son bureau. La pièce était loin d'être accueillante. Les murs étaient marrons garnis de rideaux sombres avec un mobilier datant de la guerre 14-18. Façon de dire qu'ils étaient vétustes.
« Mademoiselle Rod, commença-t-il, je suis très ennuyé, très ennuyé... il tortillait ses mains en tous sens, rangeait sur son bureau des objets qui avaient leur place, évitait de me regarder. Il n'ignorait pas que j'arrivais de Blida, 300 kilomètres d'Orléanville. Voilà, continua-t-il, vous n'ignorez pas comme cette décision du gouvernement nous a mis dans un grand embarras. Nous avons reçu des centaines de candidatures auxquelles nous avons dû faire face. Ces dossiers ayant été traités par bon nombre de secrétaires, nous avons commis des confusions et des erreurs. » Je commençais à me sentir très mal, avais-je laissé la proie pour l'ombre ? Car pour ce qui était de ma carrière P.F.AT., j'avais tiré le trait. Ma timidité m'empêcha de lui demander d'abréger, car je voulais savoir très vite ce qui m'attendait ! « Voilà, reprit-il, hésitant, le poste que l'on vous avait destiné est déjà pris. En fait, sans le savoir, nous avons attribué le même poste à deux personnes. » La nouvelle tomba comme un couperet. Mon corps qui jusque là était resté bien droit et à l’écoute, s’affaissa d’un coup, arrondissant mon dos, baissant mes épaules, entrainant ma tête dans la poitrine. Si je comprenais bien, mon poste, celui écrit en toutes lettres sur ma convocation, était à un autre. Après un moment de silence pendant lequel chacun vécut ses propres émotions, je relevais la tête les yeux mouillés par des larmes qui tardaient à jaillir et demandai: « Mais, vous n'en avez pas d’autres ? » Pas pour le moment me répondit-il, tout a été distribué. J'étais effondrée, je ne savais plus que faire ni que dire. La sonnerie du téléphone alors retentit. Je n'entendis pas tous les mots de la conversation tellement mon esprit était ailleurs mais, parce que ces derniers avaient été prononcés d'une manière plus forte et intrigante, mon oreille se tendit. « Ah !... Où ça ?... J'ai quelqu'un dans mon bureau, je peux lui en parler, et il raccrocha.»

Je ne sais pourquoi, mais à ce moment là, je sentis comme un grand espoir m'envahir. Je redressai mon corps subitement, ouvris grand les yeux et tendis mon visage vers mon interlocuteur sur lequel un gracieux sourire venait de se dessiner. Et bien vous, on peut dire que vous avez de la chance ! S’exclama-t-il. Voilà, continua-t-il, j'ai peut-être quelque chose pour vous. Il y a un maître qui n'a pas répondu à sa convocation, nous ne savons pas si c'est un retard ou un abandon. Si vous voulez, puisque vous êtes là, on peut vous donner sa classe en attendant. Cela peut durer deux jours comme quinze ! Il est peut-être malade. Mais, je me dois d'être honnête avec vous, nous ne savons pas si nous pourrons vous payer ce service. Le budget voté, étant très stricte, rien n'a été prévu pour d'éventuels remplacements.
Mon cœur s’emplit d’une joie indescriptible. Sans faire note de sa dernière observation, je le remerciai chaleureusement en lui disant que j’acceptais sa proposition.
Après avoir rempli quelques formulaires, il me pria de le suivre. Nous sortîmes du bâtiment, empruntâmes une petite ruelle et nous arrêtâmes devant l’école du quartier. Là, il me fit entrer dans une classe où un homme attendait. Après une rapide présentation, l’homme sortit et nous laissa. Voici la classe et vos petits élèves à garder me dit mon accompagnateur, se retournant vers moi. Un franc sourire illumina mon visage.
C'était une classe dans le même style que le bureau, sombre, un plafond très haut, des fenêtres garnies de rideaux bleu-marine, des bancs très vieux et usés. Dans un coin, où les toiles d'araignée faisaient encore décoration, il y avait des étagères mais d'un vide désespérant. Au fond de la classe, contre un mur qui demandait à être repeint, une armoire à double porte occupait une bonne place. En passant, certainement pour s'assurer qu'elle n'était pas vide, l'homme l'ouvrit. Elle contenait deux boites en carton remplies de petits morceaux de craie de différentes couleurs, une dizaine de règles ayant déjà fait un long parcours et une série d'encriers quelque peu ébréchés et dont le nettoyage en fin d'année avait dû manquer de soin. Près de l'armoire, dans un seau, se trouvaient deux bouteilles d'encre couvertes de poussière, leurs becs de métal dirigés l'un vers l'autre semblaient être en grande conversation. L'inventaire et la présentation terminés, l'homme me souhaita bon courage et sortit par où nous étions entrés. Je restai là, un moment, silencieuse, refaisant involontairement le compte-rendu de ce que je venais de vivre. Puis m’intéressant à nouveau à mon nouvel environnement, je me demandai si tous les trésors cachés de cette classe étaient bien là ?
Oh, Pardon ! Non, il y avait aussi une quarantaine de petits trésors vivants qui ne demandaient qu'à être découverts. Je les regardai un à un et leur souris. Certains répondirent à mon sourire timidement tandis que d’autres me lancèrent des regards inquisiteurs. C'étaient tous de petits garçons, peut-être pas trop habitués à voir une maitresse aussi jeune et surtout ne parlant que le français. Les allées et venues que je fis dans les rangs pendant un moment eurent le don de déclencher des fous rires. Quelques uns s'enhardirent et des mots commencèrent à fuser dans la pièce provoquant un brouhaha cacophonique. Je dus lancer mon premier « Taisez-vous » énergique, pour faire cesser le bruit. Réaction inattendue, ils s'arrêtèrent d'un coup, s'observèrent les uns les autres puis se remirent à rire, en cachant leur visage entre les mains.

Cette classe était sensée être un cours élémentaire. C’est ce que je pouvais lire sur le papier que l'on m'avait remis. Mais, vu la différence de taille des enfants, je me serais plutôt crue dans une classe unique. N'ayant encore pas de liste bien définie, je les interrogeai afin de connaitre leur âge. Gros, gros dilemme pour certains ! « Date de naissance ? ». Connais pas. Dans les djebels reculés, les hommes ne déclaraient souvent pas leurs enfants. Il ne pouvait donc y avoir aucune certitude. Je fis donc quelques tests, afin de savoir dans quel sens me diriger. Il s'avéra que le plus urgent fut la lecture. Beaucoup d'entre-eux déchiffraient mais ne lisaient pas, du moins dans le sens où, lecture est comprendre. N'ayant aucune affaire scolaire, j'entends par là, livres et cahiers, je décidai d'apprendre leurs prénoms en opérant comme un jeu.

Bien sûr de moi, je lançai : « Qui est Mohamed ? » Mon Dieu, qu'est-ce que je n'avais pas dit là ? Six ou sept doigts se levèrent. Me voilà dans de beaux draps ! Comment faire la différence. Il n'était pas question pour moi, du moins aujourd'hui de retenir aussi leurs noms de famille ! Je passai donc très vite à d'autres noms, Mimoun, Ali, Karim, Assen,...etc Les noms un peu en mémoire, je décidai d’un autre jeu. Tout le monde devait croiser les bras sur la table et cacher le visage. Il me fallait replacer les bonnes têtes avec les bons noms. Dur, Dur ! Pour certains, cela se passa aisément, mais pour d'autres, je déclenchai encore des fous rires auxquels je participai bien volontiers.

Je restai comme cela quatre jours, puis on m'amena du matériel : des livres qui avaient déjà fatigué ou enchanté beaucoup d'enfants, des cahiers tout neufs mais dont le papier se montrait être de mauvaise qualité, des crayons, des porte-plume, des feuilles de buvard, des ardoises et crayons d'ardoise et tout ce qui pouvait m'aider à recenser mes élèves. Je pouvais dès lors établir mes listes et faire l'appel afin de me familiariser avec tous leurs noms et prénoms.

Les jours s'écoulaient et je ne voyais personne arriver. Mais un matin, alors que je me trouvais seule dans la classe à préparer mon tableau de lecture, le petit monsieur rondouillard qui m'avait accueillie le jour de mon arrivée, fit irruption dans la salle après un toc-toc sonore.
« Bonjour Mademoiselle Rod, comment allez-vous ? » Il avait l'air en pleine forme. Très bien, Monsieur lui répondis-je. « Je viens vous annoncer une très bonne nouvelle. Le titulaire du poste ne viendra pas. Il trouve Orléanville trop loin de chez lui. Nous avions quelqu'un d'autre sur la liste, mais puisque vous avez accepté ce poste tout en admettant ne pas être payée et bien Mademoiselle Rod ce poste est à vous jusqu'à fin Janvier. » Si j'avais osé, je l'aurais embrassé. A l'intérieur de moi, j'étais euphorique, tout mon être criait ma joie. Merci, merci. « Vous êtes contente » ? me demanda-t-il. Ravie ! Ravie ! Merci monsieur, merci.
Voilà de quelle façon commença le rêve qui allait être le plus beau de ma vie.
J'appris plus tard que ce monsieur était inspecteur départemental. Mais j'appris aussi, car tout se sait un jour, que ce poste avait été donné à un fils d'inspecteur qui n'avait pas daigné s'éloigner de son domicile.

Alors ce bonbon ? N'était-il pas succulent ? Merci encore Père, Merci, Père d'avoir très tôt pris ma vie en main.





UNE PORTE VERS LES ETOILES chapitre 13 et 14

Posté le 27.06.2008 par umpre
13

L'infarctus de mon père




L'année de ma première, tout semblait être rentré dans l’ordre. Ma vie amoureuse était maintenant bien acceptée, mon petit ami venait me chercher à la maison, mon père ne levait plus la main sur moi, et ma mère semblait bien aussi s'être calmée dans tous ses propos dégradants. Elle continuait bien à être très curieuse, à s'occuper de son prochain et de tailler de larges vestes mais cela me laissait maintenant indifférente. J'avais envie de mener ma barque sans plus m'occuper des autres et du quand dira-t-on. Ayant senti un certain sérieux dans l'attitude de mon ami, elle avait même commencé à me broder un trousseau.

Mon père travaillait toujours à la poste et faisait de plus en plus de déplacements. Il ne rentrait presque plus les midis pour manger car disait-il, cela ralentissait le travail. Il restait donc dans les fermes avec ses ouvriers et s'installait dans les rangées de vigne pour vider la gamelle que ma mère lui préparait tous les jours.

Une fin d'après-midi, alors que j'étais au lycée, un ouvrier vint chercher ma mère. Mon père, ayant eu une attaque, avait été transporté d'urgence à l'hôpital. Après examen, on diagnostiqua, un infarctus. Il avait une tension phénoménale. Le bon air, le bon vin, les bonnes sauces avaient eu raison de sa santé. Après un cours séjour pendant lequel on surveilla sa tension, il entra à la maison avec une ordonnance riche en médicaments et une conduite à tenir. Bien entendu, il n'était plus question de taquiner la bouteille et encore moins de déguster les bons pâtés, boudins et saucisses du charcutier du coin, qui faisaient nos régals.
Je vis alors mon père se transformer. Du beau gaillard qu'il était dans la force de l'âge, il passa à un homme décharné, courbé, semblant ne plus avoir aucune envie de vivre. Bien que son état s'aggravât de plus en plus chaque jour, je n'arrivais pas à ressentir une quelconque pitié. Je n'irai pas dire : que c'était bien fait pour lui. Non ! Mais je ne ressentais aucune compassion. Je continuais ma vie, mes amours, mes sorties.
Après cette période de déchéance, son état s'améliora. Il faut dire que ma mère ne lui cuisinait plus de bons petits plats et évitait tout ce qui aurait pu lui donner du cholestérol et de la tension. Le vin avait complètement disparu de la maison et les médicaments avaient remplacé les gourmandises. Le docteur l'avait aussi bien averti que s'il recommençait, son cœur lâcherait et ce serait la fin. Il sembla prendre l'avertissement au sérieux, du moins tout le monde le crut.






14

Ma dernière année de lycée




25 Mai 1959, Je fêtais mes dix-huit ans, aucune manifestation vint ponctuer cet événement, ce fut un jour comme les autres. Je ne me souviens même pas d'un quelconque gâteau. Peut-être avais-je dû avoir une rose de mon amoureux ? Mais, non, puisqu'il était parti faire son service militaire.
Mon frère et ma belle-sœur enseignaient près d'Orléanville, ma soeur et mon beau-frère à Affreville, et moi, fatiguée du scolaire et pressée d'entrer dans la vie active, je me mis en tête de passer le concours du personnel féminin de l'armée de l'air.
Nous possédions une base au sud de Blida et l'uniforme des femmes que je voyais sur le boulevard des orangers me plaisait beaucoup. Je m'étais renseigné sur leur traitement et mon Dieu, il avait l'air d'être bien confortable. Leur travail consistait à remplir dossiers et carnets de bord et de faire partie de certains déplacements. Une formation après obtention du concours était donnée dans une caserne d’Alger, et selon les résultats, des mutations étaient décidées. Je mis mes parents au courant de mon intention de quitter le lycée afin d'embrasser cette carrière. Ils furent d'accord. Je me mis donc à étudier sérieusement le programme demandé, il ne différait pas trop de celui que j'avais étudié. Un peu de comptabilité et affaires sociales s'y rajoutaient. J'achetai un manuel et étudiai quelques règles élémentaires.

Entre temps, le gouvernement français, avait décrété que tous les enfants algériens à partir de la rentrée 1959 devraient être scolarisés obligatoirement. Quand on sait que dans tous les coins de l'Algérie, se trouvaient nombreux enfants illettrés de quatre ans à seize ans, cela fit du monde sur les listes. Mon frère et ma belle-sœur me contactèrent alors et m'apprirent que les académies recrutaient expressément des candidats au poste d'instructeurs si on possédait le brevet élémentaire, et instituteurs si on avait les bacs ou brevets supérieurs: diplômes qui équivalaient au bac. J'avais obtenu le premier brevet supérieur en fin de seconde, il ne me restait plus qu'à passer la seconde partie. Je m'inscrivis rapidement à la session de Juin 1959.

Ayant réfléchi sur les deux voies qui s'offraient à moi, je fis ma demande de candidature pour un poste d'institutrice, à l'Académie d'Alger.
Reprenant rapidement de sérieuses révisions, je passai avec succès mon second brevet supérieur en Juin. Mais, n’ayant aucune certitude quant à l’obtention d’un poste, je me rendis mi-août à la base de Blida pour passer le concours de P.F.A.T

Bien des gens pensent que nos vies sont tracées et que nous y allons tout droit. La mienne fut certainement guidée par Dieu afin de ne pas m’éloigner de ma mission.
Je mentirais, en vous disant exactement la date où mon chemin s'ouvrit, mais ce que je peux vous dire, c'est que la chose se joua à vingt-quatre heures près.

Un jour en fin d’après-midi, je reçus un coup de téléphone de la base de Blida me demandant de passer pour consulter les résultats qui avaient été affichés. Mon père, de repos ce jour là, m’accompagna. Un militaire de faction devant la porte du centre d’examen nous fit entrer dans le bureau où un autre militaire gradé nous reçut. Après un échange de civilités, il nous fit asseoir .. Se munissant d’une feuille sur laquelle on pouvait apercevoir une liste de noms, il me félicita en m’apprenant que j’avais réussi deuxième à mon concours et que par là, je pouvais prétendre à certains privilèges comme le choix de mon affectation sur une liste de bases. Il me remit ensuite un dossier à compléter et à ramener au plus tôt, le stage devant prendre effet dans les quinze jours à venir.
On sait que dans les bureaux de l’armée, il est inutile de papoter, aussi, ayant pris tous les renseignements nécessaires, mon père et moi nous levâmes et prîmes congé.
Au retour, mon père manifesta son contentement. C’était une bonne voie disait-il, et le traitement pas à négliger.

Le lendemain au courrier, je recevais mon premier poste d'institutrice. J’étais nommée à Orléanville. et devais m’y rendre le 5 Novembre 1959. Mon choix se fit à la seconde prés. Entre l’armée et les enfants, j’optai pour l’enseignement. Dans la matinée, j’écrivis une lettre au capitaine de la base afin de lui faire part de mon renoncement.
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On dit que lorsque les enfants ont bien travaillé, ils ont droit à des bonbons. Je crois que cette année là, Dieu commença à me tendre le paquet.







UNE PORTE VERS LES ETOILES 12 Chapitre

Posté le 26.06.2008 par umpre
12


Cet été, celui de mes quinze ans, fut en comparaison des précédents, magnifique. La maman de Jocelyne qui avait loué une maison à la mer, m'invita à passer quelques jours en compagnie de sa fille et d’une grand-mère gâteau qui nous garda toutes les deux. Tous les jours, pendant que Mamie Josette s’affairait au repas, nous rejoignions la plage toute proche et passions des heures à nous baigner et nous bronzer sous un soleil qui souvent atteignait les 40 °. Quelle insouciance en ce temps là, pas de crème protectrice ni chapeau, notre seul souci : être bronzée au maximum pour faire ressortir nos jolis décolletés et nos chevelure décolorée par le sel marin. Je me souviens que vers midi, alors qu’il nous fallait regagner la maison, le sable était si brûlant que nous jetions nos serviettes par terre et par petits bonds avancions pour retrouver le boulevard qui longeait la plage. Quel souvenir ce boulevard ! Le soir, lorsque la fraicheur envahissait l’atmosphère et que tous les lampadaires s’éclairaient, une foule de vacanciers venait s’y promener. C’était le rendez-vous de toutes les petites bandes bien sympathiques de la plage. Rien à voir avec celles qui déambulent de nos jours et qui sont sujettes à crainte ou insécurité ! Non, c’étaient des jeunes, souvent des couples d’adolescents qui marchaient main dans la main ou en se tenant par la taille et qui racontaient très fort leurs petites anecdotes de la journée : leur pêche manquée, le dernier concours de volley ou quelquefois l’approche d’une conquête difficile ! Et puis ces fou-rire qui résonnaient au milieu des musiques de bar, celles qui lorsqu’elles cessaient, laisser entendre le chuchotement des vagues venant mourir sur le sable tacheté par les lumières multicolores des nombreuses voûtes habitées.

Jocelyne n'avait pas encore de petit ami et semblait ne pas en éprouver le besoin. Elle n’était pas comme moi en quête d’affection. Ses parents étaient adorables, sa mère la gâtait beaucoup et sa grand-mère qui partageait leur vie, couvrait mon amie de petits mots gentils, agréables à entendre. Elle était heureuse.
Je n'ai jamais éprouvé une quelconque jalousie pour aucune de mes amies. Ce qui me faisait le plus de mal, c'est la comparaison qui indubitablement se présentait à moi quand j'allais chez elle. Leurs mères étaient comme celle que j'aurais voulu avoir, discrètes, polies, avenantes, caressantes, toujours à l’écoute de leur fille. Je sortais de leur maison toujours songeuse. Pourquoi n'étais-je pas tombée dans une famille comme cela ? Est-ce moi, en me réincarnant à nouveau, qui l'avais décidé ? Si j'écoute ce qui se dit dans ma pensée, la réponse est affirmative. Nous choisissons nos épreuves afin d’évoluer.

Toujours est-il que l’été de cette année là fut merveilleux. J'appréciais tous les instants de bonheur qui m'étaient offerts. Quelquefois, mon ami venait nous rejoindre sur la plage, il passait un moment avec nous puis repartait. J'étais fière de cet amour qui semblait éternel.

Chaque matin, avec Jocelyne, nous nagions vers le large jusqu'aux rochers dans lesquels logeaient des oursins. Je me souviens avoir posé le pied sur l’un d’entre eux et avoir été incrustée d’épines. Sur le moment je ressentis une vive douleur, puis rejoignant le bord, le mal sembla s’estomper. Le soir alors que je pensais avoir enlevé toutes les épines à l’aide d’une pince à épiler, une fièvre commença à engourdir mon corps. Très vite les 40 degrés furent atteints. Mamie Josette fit alors frire rapidement une poêlée d’oignons qu’elle appliqua encore tiède sur la plante des pieds. Puis elle enferma le tout dans un linge propre. Toute la nuit, les oignons firent leur effet. Le lendemain matin, quand on ouvrit le linge, les épines avaient transpercées ma peau. On eut juste le petit travail de les retirer une à une. Plus de fièvre et plus de bobo.
Mais comme toutes bonnes choses, la fin de l’été arriva. La plage petit à petit devint déserte, les voûtes fermèrent leurs portes. Seuls les pêcheurs habitant le coin continuaient à traîner sur le sable leurs pastéras afin de les remettre à l’eau pour aller encore une fois taquiner le poisson avant l’automne.


Puis Octobre arriva. En ce temps là, nous avions trois mois de vacances, surtout en Algérie où la chaleur subsistait longtemps. A la fin de l'année scolaire, mes parents avaient enfin consenti à m'inscrire à Boufarik, dans un autre lycée. Boufarik était un village à trente kilomètres de Blida. Pour m'y rendre, je devais prendre tous les matins un train à la gare qui se trouvait à un kilomètre de chez moi. Je me levais donc à cinq heures du matin, me préparais, avalais très vite mon bol de lait, mes tartines beurrées recouvertes de confiture et descendais le long boulevard faiblement éclairé. Je n'avais aucune crainte car en ce temps-là, l'Algérie était un pays paisible dans lequel il faisait bon vivre. Je n'étais d'ailleurs pas la seule sur ce boulevard, il y avait bon nombre de voyageurs qui tout comme moi allaient travailler ailleurs. Le train était comme tous ces vieux trains que l'on voit encore dans certains sites touristiques de la France, des wagons cahotants, garnis de bancs inconfortables sur lesquels hommes ou femmes continuaient leur sommeil. Tous les matins, j'assistais par la fenêtre encore embuée, au lever du soleil sur la campagne. Des odeurs de terre mouillée me parvenaient jusqu'aux narines. A travers les arbres qui défilaient, j'entrevoyais les cours des nombreuses petites maisons de pierre que les hommes avaient construites hâtivement. Elles étaient souvent remplies de meubles ou ferraille usés. Par la répétition de ces nombreux déplacements, j'avais aussi appris à reconnaître certains quartiers des villages que nous traversions et même à reconnaître des visages qui se trouvaient toujours au même endroit, à la même heure. Le train se traînait lentement et avec ses nombreux arrêts, il me fallait compter une heure pour me rendre au lycée. Bien entendu, ici, je ne connaissais personne. Les premiers jours furent un peu difficiles mais mon approche des autres étant toujours aisée, je ne tardai pas à faire nombreuses connaissances.

Le lycée n'avait rien à voir avec celui de Blida. Ici, pas d'étages, toutes les classes se trouvaient en rez de chaussée au milieu de jardins. C'étaient pour la plupart des classes en préfabriquées mais non délabrées comme certaines écoles. Le seul inconvénient de ces classes, était la grosse chaleur qui y régnait quand l'été arrivait. C'était suffocant.
Je n'ai pas trop de souvenirs marquants de cette période, à part la beauté de notre jeune professeur d'espagnol dont toutes les filles étaient tombées amoureuses. Nous en parlions beaucoup en récréation mais lui, ne semblait pas du tout se rendre compte de l'émoi provoqué. En tout cas, nous travaillions toutes bien, pour lui faire plaisir.

Les allers et retours contribuèrent à me faire passer l’année à grande allure. Pendant les vacances, je retrouvais mes amis, et nous échangions toutes nos anecdotes. J’appris ainsi que le professeur de Français se préparait à retourner en France. Puisqu'elle partait, je pouvais réintégrer mon lycée et c'est ce que je fis, l'année de ma première.

















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